journal de ZEP

journal d'une enseignante dans un collège dit "difficile"...

30 janvier 2007

"Ce n'est qu'un combat, continuons le début"...

Ça commence dans un bruit d’apocalypse, ce sont mes plaquettes de frein qui signalent mon arrivée sur le parking de mon collège. Les grilles se referment, j’éteins le moteur, je souffle un grand coup. On y est.
Faut juste poser le pied dehors, ensuite tes pas vont s’enchaîner les uns aux autres, tu n’auras plus qu’à les suivre.
Bien. Admettons.
J’ouvre la portière. Il ne se passe rien.
Bien. Continuons.
Je franchis une seconde grille, le nez en l’air, je regarde les arbres, je me fais touriste, exploratrice d’un monde ancien. J’imagine que je ne suis pas moi. On ne sait jamais. J’avance comme un automate jusqu’à la salle des profs quand la sonnerie de la récréation retentit.
Bien. Bien. Bien.
Des élèves apparaissent  partout comme des diables à ressort. On croirait qu’ils bondissent ainsi rien que pour moi. « Surpriiiiiiise ! ! ! ». Des images de Lucky Luke dans la tête et ce fameux gâteau en carton pâte préparé par Averell dans lequel une jolie donzelle patientait en attendant le moment propice où elle s’exclamerait, jaillissant soudain : « Yipeeeee » ! Stoïque, je poursuis ma quête. Je remonte la marée descendante des élèves. Je vais bien. Tout va bien.
Assez bien.
Visages amis, café qui glougloute, regards complices et réconfortants et aussi tiens t’es là mais qu’est-ce que tu fais là t’es revenue Ah bon t’étais partie mais…
Il faut y aller MAINTENANT.
Au début elle est froide mais à la fin elle est bonne…
Terrorisée dans ma peau frileuse. Ils sont devant moi. Ils m’écoutent.
Alors je parle, je parle, je parle puisque les mots sont ma matière.
Et ils m’écoutent encore…
Je découvre mes trois classes au fil de la journée : quatrième, sixième puis troisième.
Les quatrièmes ont l’air désarçonné, je sens bien qu’ils ne savent pas encore très bien comment réagir. Leur prof principal, Balsamine, est avec nous dans la salle. De temps en temps ils la regardent, interloqués. Demain, je serai seule avec eux mais demain est un autre jour…
Dans le réfectoire, les rires de mes collègues. Je suis heureuse de les retrouver. En discutant avec ma voisine de table, Eglantine, je me rends compte qu’elle a dix dictionnaires qui « dorment » dans sa salle de classe. Dans la mienne, six se sont volatilisés. Comme je ne suis pas la fille de Nicolas, il y a peu de chances qu’on fasse des analyses ADN pour retrouver les coupables du larcin… Il y a ainsi de mystérieuses disparitions dans ce collège mais les voleurs ont du goût ! Ainsi, tous les DVD et les VHS ont été dérobés sauf un : « Le bourgeois gentilhomme »…
Après le repas, je retrouve les quatrièmes et surprends une conversation entre l’un d’eux et un nouvel arrivant : « Tu vas voir, elle fait réfléchir avec la tête ! » . Le cours de ce matin se poursuit dans le calme, merci Balsamine qui fait pour moi la chasse au portable qui sonne, aux élèves retardataires et aux impénitents bavards. Si seulement je pouvais avoir une Balsamine à tous mes cours !
Des ravages de la télévision…Nous étudions un texte dans lequel un enfant extraterrestre est différent de tous les autres habitants de sa planète parce qu’il est le seul à voir les couleurs. Moment savoureux quand Barnabé s’écrie :
- C’est vrai ! Les gens ils ne voyaient pas les couleurs à l’époque madame !
- De quelle époque parles-tu Barnabé ?
- Ben… Avant, il y a pas très longtemps, les gens ils voyaient en noir et blanc madame!
Très bien. Très bien. Très bien.
Les sixièmes. Ils sont tout petits ! C’est la première fois que j’ai des sixièmes et même si j’étais prévenue, ça fait un choc ! « Madame ! j’ai la main blanche ! », « Madame ! il copie tout ce que j’écris ! », « Madame, est-ce que je peux changer de dictionnaire ? Dans celui-là y’a pas le mot poésie !», « Moi je prends des cours de particules le mercredi après-midi, elle m’explique tout le français et après je comprends »…
Bien. Bien. Bien.
Les troisièmes. Surexcités, heureux de me retrouver car je les avais l’an dernier, faisant tout pour que je raconte ma vie au lieu de faire cours, c’est de bonne guerre ! Obligée de donner quatre punitions, voilà-voilà. En souvenir du bon vieux temps ! Je vous jure que ça les a fait sourire !
Ça finit dans un bruit d’apocalypse, ce sont mes plaquettes de frein qui signalent mon départ. Je monte le son dans la voiture et je souris.
C’est passé.
Bien.
Continuons.



29 janvier 2007

Avant de faire le grand plongeon...

Sac ? Chargé à bloc !
Séquence sur la poésie ? Prête.

Photocopies? Photocopiées.

Stylo rouge ? Affûté !
Marmite de punitions ? Remplie à ras bord !
Tickets de cantine ? Aucun…
Clefs de ma salle ? Perdues…
Moral ? Quel moral ?
Chaussures rouges ? Nouvelles.
Petit réveil ? A l’heure.
Eponge et liquide vitre ? Dans l’armoire en fer.
Bouquins pour l’heure de lecture ? Rangés.
Plans de classe ? A faire.
Voix ? Tremblante.
Réparties cinglantes ? Aucune.
Sourire dentifrice ? Oublié.

Petit à petit, j’ai monté mon théâtre.
Demain matin, le rideau se lève.

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