journal de ZEP

journal d'une enseignante dans un collège dit "difficile"...

27 février 2007

Alunecination collective

Les élèves font parfois de magnifiques cadeaux, des cadeaux qu’on ne peut pas toucher mais qui touchent, des cadeaux immatériels mais qui vous restent longtemps dans le cœur. Mes sixièmes ont été de vrais anges, de vivantes réclames pour le collège du monde de la famille Doucœur, la famille du bonheur. J’ai fini par oublier qu’une personne se trouvait dans le fond de ma classe et je les ai écoutés me parler de la lune… La lune, c’était le sujet de mon cours, plus précisément un poème sur elle dont je me proposais d’analyser deux strophes pour leur montrer ce que c’est que «l’appareil photo du poète», c’est à dire la comparaison. On a regardé comment fonctionnait l’appareil et ensuite, pendant la fin de l’heure, ils ont fait des photos ! La lune est comme une éponge, la lune est comme un cratère, la lune est comme un ballon de volley… Je ne pouvais plus les arrêter ! Il y en a même un qui a dit quand la sonnerie a retenti : «C’est déjà fini ? !» et je vous promets que je ne l’avais pas soudoyé !
Ce soir, je suis heureuse. L’entretien avec mon inspecteur s’est passé comme dans un rêve, je l’entendais louer mon calme (pourquoi est-ce que les gens pensent toujours que je suis zen alors que je suis une pile atomique, je devrais faire du théâtre moi ! ah! Non! c’est vrai, j’en fait déjà !), j’attendais le « mais » mais… il n’est jamais venu. Je suis sur mon petit nuage, je souris à la lune, ma grande copine ! Besoin et envie de reconnaissance de l’institution, besoin de ce « vous faites du bon boulot », je sais bien que je travaille d’abord pour mes élèves mais ça fait du bien. Beaucoup de bien.
A la fin du cours certains élèves sont venus me parler pour me dire : « vous avez vu madame, on a été bien aujourd’hui, non ? ». L’inspecteur les entendait et souriait. Je les ai remerciés, puis, avec mon appareil photo de poète, j’ai mis dans ma tête une merveilleuse image. Nous étions assis dans un champ de tournesols, je leur lisais des poèmes qui volaient jusqu’à eux comme des plumes multicolores et toutes douces… Et tout là-haut, la lune clignait de l’œil.



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