journal de ZEP

journal d'une enseignante dans un collège dit "difficile"...

15 février 2008

Education Bling-Bling

Je suis en colère ce soir, en colère contre les beaux effets d'annonces, les promesses qui n'ont pas été tenues, à cause de ces "orphelins de 16 heures" qui restent des "orphelins de 16 heures" parce que les heures ne sont pas payées contrairement à ce que j’entends dans les beaux discours officiels...En colère à cause de ce que j'ai entendu ce soir et hier.
Education Bling-Bling… Tout dans l’apparence…
Voici une partie du discours de Monsieur Sarkozy prononcé aujourd’hui à Périgueux. Je ne suis pas prof des écoles mais il y a des choses qui me font bondir. Vous les trouverez telles quelles, sans doute un peu rapides, sans vraiment de recul mais il fallait que ça sorte. Tout n’est pas mauvais, loin de là mais c’est entouré de telles absurdités ou de tels mensonges que je reste particulièrement méfiante. Le retour de l'autorité, le culte du drapeau, se lever en entendant l'hymne national... Y'a comme un mauvais relent. Un beau projet, dans des mains sournoises, peut aboutir au pire… Je me souviens que quand j’ai entendu Jospin dire qu’il voulait que 80 pour cent d’une classe d’âge aille jusqu’au bac, j’ai trouvé l’idée géniale et tellement généreuse…


Discours de M. le Président de la République
Périgueux – Vendredi 15 février 2008
Certes, il faut bien du métier et du talent pour faire classe aux enfants de France, qui ne sont pas toujours de charmantes têtes blondes ! (Dois-je faire un commentaire ? Non, ce serait du vice sans doute.) Nous savons que la diversité même de la nation, l’affaiblissement de l’autorité des parents, les difficultés de tous les jours que les élèves peuvent rencontrer en dehors de l’école, rendent complexe l’exercice par les professeurs de leur mission.
La vérité, nous la connaissons aujourd’hui : pour les élèves qui sont à la peine, le collège n’est souvent que le révélateur de difficultés plus anciennes, de lacunes qui datent des premières années de l’école élémentaire et notamment du Cours Préparatoire. (Exact ! enfin, on le reconnaît et je m’en réjouis.)
Au delà de ces 24 heures obligatoires pour tous les élèves, nous offrirons donc, dès septembre prochain, dans toutes les classes de l’école primaire, 2 heures de plus en petits groupes aux élèves les plus en difficulté. On se donne enfin les moyens de traiter le problème de l’échec à la racine et de proposer à chaque élève une pédagogie personnalisée. (Bel effet d’annonce mais ces heures seront-elles payées ? ! ! Dans tous les collèges Ambition réussite que je connais et contrairement à ce qui avait été annoncé et redit par M. Darcos dans son discours du 14 février(voir le discours), les heures ont été supprimées faute de moyens pour payer le personnel non enseignant. Certains intervenants n’ont pas été payés, tout ce qui a été mis en place vient d’être balayé…)
Parallèlement, nous allons doter notre école primaire d’un véritable système d’évaluation permettant d’identifier rapidement les difficultés et de promouvoir les solutions qui marchent. (Ces évaluations fonctionnent déjà et depuis longtemps, les résultats, les résultats, les résultats, l’école serait-elle une entreprise ?) Deux évaluations nationales témoins seront créées, qui serviront à mesurer chaque année les acquis des élèves au CE1 et au CM2. Les résultats, encore les résultats, toujours les résultats, voilà les seuls et véritables juges de paix qui doivent guider les choix dans ce domaine.(sans commentaire)
Mais la réorganisation du temps scolaire et le renforcement de l’évaluation ne sont encore que des moyens : ils doivent être mis au service d’un véritable projet éducatif. Ce projet éducatif, il vise chaque élève, mais il est aussi le projet de la nation toute entière, le projet que la nation choisit de mettre en œuvre pour sa jeunesse. Le projet éducatif, c’est un projet de transmission qui porte sur des valeurs, sur des contenus, sur des connaissances. Le projet éducatif de la nation se matérialise dans des programmes d’enseignement. C’est sur eux que je voudrais m’attarder maintenant. les programmes scolaires sont un sujet politique et non technocratique. (Hélas ! Je le vois bien le futur citoyen bien poli qui marche au pas, qui consomme, qui connaît le marché et est préparé dès son enfance à accepter qu’il sera sous payé, qu’il devra toujours travailler plus, qu’il a bien de la chance de vivre dans notre beau pays quand ailleurs on crève, que ce serait pas mal qu’il ferme sa gueule vu que ce qu’on veut c’est pas qu’il pense mais qu’il produise en silence… )

J’ai voulu que la République se saisisse à nouveau de ce sujet capital que sont les programmes scolaires.
J’ai voulu une chose plus simple encore : que ces programmes servent à améliorer le niveau scolaire de nos enfants ! (Bien joué ! C’est les parents qui vont être contents !)
Les nouveaux programmes de l’école primaire présenteront en quelques pages, dans un langage évitant tout jargon, (surtout, pas de jargon, simple, simple, toujours viser la simplicité on n’est pas là pour faire dans la nuance) l’ensemble d’un cursus disciplinaire désormais recentré sur le français et les mathématiques. Ils donneront la priorité absolue à la maîtrise de la langue. Le vocabulaire, qui est un instrument de liberté ; l’orthographe, par quoi notre langue se tient debout ; la grammaire, qui est le commencement de toute pensée : toutes ces nobles disciplines sont enfin mises, ou remises, à l’honneur. (Remises, elles ont toujours été enseignées, nous sommes même plusieurs profs «rebelles» à les enseigner presque en cachette !)
Nous voulons que l’enfant apprenne. (Bien joué !)
En mathématiques, le programme est tout aussi simple et ambitieux. (Ah… La simplicité…) Les automatismes en calcul seront créés aussi tôt que possible grâce notamment à la pratique régulière du calcul mental. Les programmes privilégient en outre la résolution de problèmes liés à la vie courante. (Très important la vie courante, on n’oublie pas : c’est un programme PO-LI-TIQUE ! Comme ce sera bien d’avoir enfin des gosses qui savent parler correctement et faire de simples calculs, quelle belle main d’œuvre, formée juste ce qu'il faut !)
De façon générale, dans toutes les disciplines, l’accent est mis sur la mémorisation de connaissances et de compétences clairement identifiées, dont on pourra facilement vérifier l’acquisition (c’est bien connu, on peut facilement vérifier les connaissances et les compétences ! Orthographe : 5.123, grammaire : 6.258 et vocabulaire : 4.587… Des résultats, des résultats, toujours des résultats ! )
Dans le monde d’aujourd’hui comme dans celui d’hier, l’affirmation des valeurs morales, l’énonciation de règles de comportements applicables à tous, sont une absolue nécessité.
Cette instruction civique et morale prévoit notamment l’apprentissage des règles de politesse (c’est toujours bien connu, les élèves ne sont pas polis et les professeurs les laissent faire, ils supportent stoïquement, ce sont des héros de la nation !), la connaissance et le respect des valeurs et des emblèmes de la République française : le drapeau tricolore, Marianne, l’hymne national – à l’écoute duquel ils devront se lever.(pincez-moi, je rêve ! On peut commencer tout de suite à faire nos cours en anglais, ça ira plus vite… Je ne me lèverai jamais pour un hymne dont les paroles sont si honteuses ! Entendons-nous bien : il est évident qu'en tant qu'enseignante je me dois d'expliquer ces symboles, qu'il est important que les enfants comprennent leur sens, leur passé. J'ai toujours détesté les drapeaux et les hymnes mais je reste persuadée que les élèves doivent apprendre à connaître et à respecter ce qu'ils représentent. Je refuse pour autant de tomber dans un patriotisme de pacotille - un patriotisme bling-bling?- : être français, être citoyen ce n'est surtout pas réclamer "qu'un sang impur abreuve nos sillons") Ouverte sur le monde et la cité, cet enseignement présentera également, pour les plus grands, les règles élémentaires d’organisation de la vie publique et de la démocratie : le refus des discriminations de toute nature, la démocratie représentative, l’élaboration de la loi et son exécution, les enjeux de la solidarité nationale… C’est dans ce cadre que s’inscrira l’initiation des enfants au drame de la Shoah en leur confiant la mémoire d’un des 11 000 enfants victimes de cette tragédie. (c’est méconnaître profondément la psychologie d’un enfant de dix ans que de proposer un tel  "parrainage". Bien sûr qu’il y a un devoir de mémoire, bien sûr qu’il faut sensibiliser les enfants mais, pitié, pas n’importe comment ! On pourrait peut-être aussi leur demander de porter une étoile jaune, non ? Elle est belle l’éducation BLING-BLING ! ) Il s’agit d’une démarche contre tous les racismes, contre toutes les discriminations, contre toutes les barbaries, à partir de ce qui touche les enfants, c’est-à-dire une histoire d’enfants qui avait leur âge.
Et puisqu’il est question d’autorité, il n’est plus possible d’escamoter la question de l’autorité au sein de l’école. Ce qui doit être au centre de la classe, ce n’est pas l’élève qui a tout à apprendre et ne peut pas être le producteur des connaissances qu’il doit acquérir. Ce n’est donc pas lui qui peut faire autorité. Il faut remettre les choses à l’endroit : c’est le savoir qui doit être au centre de la classe, donc le professeur qui en est le dépositaire et le transmetteur qui doit faire autorité. (MERCI ! Entièrement d’accord !)
Mesdames et Messieurs, j’ai parlé, il y a quelques semaines, de « politique de civilisation ». (pff...)
Vous le voyez, cette notion revêt un sens très concret.Elle consiste à rappeler ce que nous n’aurions jamais dû oublier, à savoir que la plus haute mission de la politique est de déterminer les conditions du vivre-ensemble. (Vivre ensemble, oui, mais pas à n’importe quelles conditions…)



« Le peuple n’a pas de pain ?
Qu’on lui donne de la brioche ! » …





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