journal de ZEP

journal d'une enseignante dans un collège dit "difficile"...

10 juin 2008

Génération sacrifiée

J’avais onze ans, j’étais en sixième. Un petit truc timide caché derrière un livre, tout le temps.  Pas vraiment habillée comme les autres, pas la trousse Chevignon, l’écharpe Benetton, le cartable Naf Naf ou le jean Levi’s.
Un truc à part. Pas vraiment fier d’être à part. Un truc qui observe les autres avec un regard d’envie, envie d’être invisible, envie d’être dans la norme.
Pareil aujourd’hui.
Les mômes exhibent leurs marques, on dirait un concours d’étiquette.
Si t’as pas les marques, t’es pas dans la norme, t’es pas dans le coup.
Je me souviens que maman avait acheté une fringue Benetton dans un dépôt vente, qu’elle en avait retiré l’étiquette et qu’elle l’avait cousue sur une écharpe premier prix.
Je n’étais pas comme les autres, quand même.
Pareil aujourd’hui.
Les enfants mettent à l’écart ceux qui ne leur ressemblent pas, ils causent Star Ac, Nike et portable, si t’as celui d’il y a deux ans, t’es plus dans le coup.

J’avais onze ans, j’étais en sixième et je rêvais de mon Pascal, le beau brun aux yeux verts, le timide du premier rang.
Je ne lui ai jamais dit un seul mot, je me contentais de l’admirer d’un air béat. Je crois bien que ça a duré quatre ans. Jamais dit un seul mot. Une fois, j’ai touché sa main : un accident. C’était pendant les grèves anti Devaquet. On était tous dans la cour, on avait refusé d’aller en classe, on voulait faire comme les grands. On s’était assis sur le bitume, sous les vieux arbres, et là, j’ai touché sa main, sans faire exprès. Je n’ai pas crié les slogans. Je regardais ma main devenue sacrée de l’avoir touché lui.
J’avais onze ans, je n’étais pas une fille dans le coup. Pour être dans le coup, fallait «marcher avec». T’avais une bonne copine qui allait voir le garçon pour qui t’en pinçais et elle lui disait « Unetelle elle voudrait marcher avec toi, quesse t’en penses ? ».  Après, si le type était d’accord, il l’était toujours, tu pouvais marcher avec lui. Il te prenait la main, et tous vous regardaient passer en gloussant. Quand vous étiez cachés, derrière le marronnier au bout de la cour, vous vous embrassiez doucement, des bisous de poussin, piouc piouc.
T’étais vraiment une fille super dans le coup si tu mettais la langue…
Pareil aujourd’hui ?
Pareil et pas pareil.

Si tu ne veux pas savoir ce qui se passe pas loin de chez moi, pas loin de chez toi peut-être aussi, vaut mieux que tu ne lises pas ce qui va suivre, ça ne va pas te faire plaisir.
T’as le droit de fermer les yeux, je comprends ça.
Les petites, elles ont parlé à leurs mamans, elles ont parlé à leurs profs aussi.
Certaines gamines d’aujourd’hui, pour être dans le coup, elles vont dans les chiottes de chez Mac Truc pour faire des pihpes aux minots de troisième. Si elles sont vraiment dans le coup, elles acceptent de se faire sohdomiser, surtout pas de péhnétration vahginale, faut rester vierge pour le mariage.
J’ai peur que vous ne me croyiez pas…
Je voudrais ne pas me croire.
Onze ans et déjà soumises au désir masculin, déjà dressées à ouvrir la bouche et le cul pour le plaisir d’un homme.
Génération sacrifiée.
Génération du zapping, de la télé à haute dose, du pouvoir d’achat, du gagner plus pour gagner plus, de la simplification à outrance, des paniers de supermarchés remplis à ras bord pour oublier le reste, de la pornographie revendiquée, de la norme imposée, des plaisirs factices, de la lucidité supposée, de l’absence de rêves, du mépris de l’imagination, de la culture du corps et de l’apparence, du nivellement par le bas…
Génération sacrifiée.
Je déteste le monde que nous donnons à ces gosses.
Ne me dites pas que c’est marginal, ne me parlez pas du un pour mille et des graines d’espoir qu’il faut semer...
Oui, c’est marginal.
Et alors ?

Parler encore, parler toujours, avec elles, avec eux, pour elles, pour eux.
Essayer de leur dire l’amour, celui qui n’avilit pas, celui qui ne blesse pas, celui qui ne tue pas.
C’est cela qu’il faut faire, bien sûr, ne pas baisser les bras, dénoncer, nous ne pouvons pas laisser faire ça.
Je t’ai dit que tu peux fermer les yeux, je t’ai dit que je comprends ça.
Ce n’est pas vrai. Il ne faut pas fermer les yeux.
Il faut parler à nos gosses.
Maintenant.

Sinon, les graines d’espoir… dans la chasse d’eau et à l’égout.
Dans les chiottes des Mac Truc…

Posté par poutouland à 19:55 - états d'âme - Commentaires [35] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags :

Commentaires

Oh mon Dieu... je n'arrive pas à dire autre chose... :-/

Mais quelle est cette société dans laquelle nous vivons et nous élevons nos enfants ? C'est pas possible... :-/

Malheureusement... Je te crois...

Posté par mamancelib, 10 juin 2008 à 20:09

Eh bien, c'est ce qu'on appelle la libération sexuelle, d'une certaine manière, non ?
On a voulu se débarrasser de tous ces vieux birbes et bigotes qui prétendaient que c'était une mauvaise idée.
Et on a prôné la liberté absolue, et c'est mon corps, et y'a pas de mal à se faire du bien.
Ce qui est sans doute vrai, mais ça finit (peut-être), par donner ça.

Peut-être les vieux birbes (sans oublier les bigotes) avaient-ils perçu qu'être "civilisé" passait par la contrainte apposée sur les pulsions.

(Ou je suis peut-être un horrible réac', c'est possible)

Posté par Crakku, 10 juin 2008 à 20:54

Je te crois, hélas.
j'avais posté un truc autour de ce sujet, plus ou moins, (clic pseudo)
la pression à la conformité s'exerce du côté du détournement de ce qu'on a cru bon de nommer la liberé se*uelle alors qu'il ne s'agit que de correspondre à l'image mainstream du désir au masculin.
Image qui aliénie hommes et femmes, mais ne domine que les femmes.
Y'a du boulot...

Posté par mebahel, 10 juin 2008 à 21:15

Les pensées de Pascal..

Tu sais, si il faut Pascal à l'époque était comme toi tout amoureux et timide...J'espère que ce soir il lit ce blog et se reconnaît, te reconnaît...Après,des enfances sacrifiés, j'en ai toujours connu : maintenant et avant. Avant, on le disait moins, on le cachait plus, mais tu sais, avant comme maintenant, si tu ne nais pas au bon endroit, à 11 ans tu peux déjà connaître le pire maintenant comme avant.Il y a toujours eu du boulot, le problème c'est que les choses changent peu...

Posté par citronnelle, 10 juin 2008 à 23:13

chuis sur le c*l...

je crois que c'est vrai, je suis dans un environnement protégé... Dans ma ville, ce n'est pas être dans le coup que de "satisfaire les besoins naturels de quelques héros" (Candide, tu m'as marquée) dans les toilettes d'un quelconque endroit...

On est si en retard en Auvergne ? Tant mieux me direz vous...

Posté par lily, 11 juin 2008 à 00:59

La misère à tous les étages.
Comment acceptent t'elles d'oublier leur corps, leurs émotions, le respect qu'elles doivent avoir d'elles même à ce point là ?
Par peur d'être en dehors, en dehors du groupe...car en dehors du groupe là ou la société devrait se trouver et tendre la main...Il n'y a rien.

Posté par kloelle, 11 juin 2008 à 08:38

Je te crois sans problème malheureusement... je crois aussi qu'il y a toujours eu des enfants sacrifiés, à toutes les époques. Les humains sont toujours excessifs : il y a eu des periodes coincées, d'autres trop libres sans qu'on ne sache plus le prix de ces libertés ni leurs limites.
Il semblerait qu'on avance vers une époque coincée si j'en crois les gamines qui ne rêvent plus que d'être mère au foyer, sans aucune ambition d'indépendance. Je n'ai rien contre les mères au foyer, qu'elles aient choisi cette situation ou subi, mais ce qui est sûr, c'est qu'elles rêvaient d'autre chose quand elles étaient gamines.
C'est sans d'oute ça le drame des egamines sacrifiées de maintenant : elles n'ont plus de rêves, même plus celui du prince charmant.

Posté par doc_doc, 11 juin 2008 à 09:32

Moi aussi je te crois volontiers. Malheureusement.
Et je voudrais dire à Lily que même en Auvergne, et avant le collège, et loin d'une zep, chez des enfants ayant des familles de 2 parents qui travaillent et qui habitent dans des pavillons individuels, les instits sont sur le c*l quand ils découvrent que les CM s'échangent des adresses internet de vidéos p*rno. Que ces enfants, certains très influents (chef de bande) n'auront aucun mal à convaincre quelle minette que ce soit de faire ce qu'ils veulent, dès la 6ème.
Qu'on tombe de très haut.
Et que ça ne semble pas trop inquiéter les parents, qui minimisent les faits...

Posté par Je Rêve, 11 juin 2008 à 11:08

Oui, Lily, malheureusement, même en Auvergne... et chez des 6e aussi...

Posté par Lucinette, 11 juin 2008 à 12:54

"l semblerait qu'on avance vers une époque coincée si j'en crois les gamines qui ne rêvent plus que d'être mère au foyer, sans aucune ambition d'indépendance." dit doc doc.
En fait ,cette aspiration au modèle patriarcal n'est que la face respectable des stéréotypes de genre, lesquels contiennent aussi cet autre extrême que constitue le fonctionnement porno qui a envahi tous les champs du quotidien, et qui opèrent depuis qqes années un backlash massif.
En résumé : mère ou pute, et parfois les deux pour garder le mek.
En clair: les filles s'objetisent de plus en plus elles-mêmes à force de matraquage iconographique et autre en y croyant trouver le salut cad une identité.
Se sortiront de là, filles (et garçons) qui ont d'autre ressources culturelles et relationnelles que les écrans et les fondamentaux de l'école.Ecole qui n'en peut mais: c'est pas son boulot de modifier tout un corps social puisqu'elle n'en est qu'un reflet, qui tente d'être aussi une base mais une base sans les moyens énormes des media qui diffusent le mainstream genré.
Bref, pour les filles, à part l'empowerment, cad une procesus de prise de conscience et de mise en acte, du fait que ce sont elles-mêmes qui peuvent - et doivent- avoir leur propre destin en main, à part ça, donc, je ne vois pas trop comment on peut avancer.. car ça régresse plutôt, je trouve...

Posté par mebahel, 11 juin 2008 à 15:21

Doc Doc a écrit: "gamines qui ne rêvent plus que d'être mère au foyer". Ben Bon courage pour ces gamines, j'ai été collégien et elles veulent bien se mettre dans des cas comme ça. Je leur suggérerai d'aller à Karachi ou Djakarta, ces villes sont mondialement connues pour le respect des gamines. Je suis du même avis que Mehabel à peu près.

Posté par Toto, 11 juin 2008 à 21:43

A tous

Merci pour vos commentaires, je vois que ce texte vous fait réagir et, d'une certaine façon, j'en suis heureuse.
Je ne crois pas à une enfance paradisiaque et au "c'était mieux avant". On a souvent tendance à embellir son passé, justement parce qu'il n'est plus, que c'est le temps supposé de l'innocence.
Je ne parle que d'expérience. La seule chose que je peux dire, c'est que quand j'étais collégienne, ça ne se passait pas comme ça. Je ne dis pas que ça n'existait pas, ça existait sans doute, mais quand j'avais douze ans, le summum de l'érotisme c'était d'embrasser un garçon avec la langue. Hier matin, j'ai pris à un élève une feuille A4 avec laquelle il jouait depuis un petit moment et sur laquelle une partie de la classe avait déjà écrit. D'habitude, je fais semblant de rien, moi aussi j'en ai écrit des petits mots, tant que ça reste discret et que ça ne perturbe pas mon cours, en général, ça passe. Là, ça perturbait. J'ai pris la feuille, le gamin ne s'est pas démonté genre je m'en fous. Ce qui était écrit sur cette feuille est, pfff, je ne sais pas comment dire, il m'a fallu lire ces mots d'une vulgarité à peine soutenable pour réaliser à quel point ces enfants ont un rapport malsain avec le corps et la sexualité. Ils ont à peine douze ans et.. Bon, je n'ai pas vraiment envie d'en parler.
Je vous promets qu'à leur âge non seulement je n'aurais jamais osé écrire cela mais je ne l'aurais même jamais pensé. On dirait des dialogues de film porhno.
Je sais que ce ne sont que des mots, mais les mots peuvent beaucoup.
Allez croire au prince charmant après avoir lu ça...

Posté par Tiphaine, 11 juin 2008 à 23:21

J'ai la même perception des choses que toi, Tiphaine : à leur âge, je n'aurais même pas eu l'idée d'imaginer plus qu'un bisou...
La vulgarité s'est banalisée à vitesse grand V. Et je crois que le droit des femmes régresse depuis quelques années plutôt qu'il ne s'installe. L'image de l'amour et de "faire l'amour" (c'est pourtant si joli comme expression !) est devenue banale, grossière pour beaucoup de nos élèves...

Posté par Virgibri, 12 juin 2008 à 13:25

Notre jeunesse vit dans une société qu'elle n'a pas créée mais dont elle subit les influences.Les enfants suivent des exemples.....et ces exemples ce sont les adultes qui leur donnent.....Adultes qui eux-mêmes ont été des enfants......J'ai mis sur mon blog cette phrase "Les adultes ont un devoir fondamental envers les enfants, celui de les faire grandir dans l'amour et le respect. Je crois que la famille a besoin d'être aidée" (Sonia Imloul). Comment peuvent grandir des enfants qui vivent l'indifférence, le manque de considération, la télé comme nourrice ou gardienne, zappant sur un monde qu'il ne sont pas préparés à recevoir (la po********ie en fait partie). La rue, les médias véhiculent une image de la femme transformée en objet, en sujet de fantasmes. Je pense que nous vivons dans une société pleine d'hypocrisie et de complaisance. Les enfants ont besoin d'éducation, d'autorité (oui)intelligente, de respect et de beaucoup d'amour,......pour se structurer et grandir.....Si tout cela manque dans les premières années qui permettent justement de se structurer, il devient bien difficile de rattraper le temps perdu.....Etre parents, cela demande de s'investir, vraiment. L'école n'est pas faite pour ça non plus......Des instit. et des profs aussi impliqués soient ils, ne peuvent pas remplacer les parents, la famille. Même si je sais que c'est une réalité, ce que tu écris me rend triste......et je me demande souvent ce que sera le monde demain......

Posté par Martine Réunion, 12 juin 2008 à 19:06

J'ai commencé ton article en me disant : Waouh, le marronnier, Devaquet, c'était tout moi à l'époque. Pareil.
La suite de l'article me laisse sidérée.
Je savais confusément que les gamins étaient plus précoces certainement que nous. Je sais que je n'ai pas grandi dans le même milieu qu'eux, plus campagnard, plus protégé, plus développé culturellement peut-être. Je sais que je ne travaille qu'avec des lycéens et donc que je connais peu le collège. Mais je suis sciée de lire cela. Si jeunes ! Putain, où sont Candy, Goldorak, les goûters au Nutella avec les copines ? Où sont ces moments où on se contente d'un regard de l'autre, de lèvres effleurées qui nous filent le rouge aux joues pour toute la journée ? Pourquoi ces gamins n'ont-ils plus de rêves ?

Posté par BBK.mel, 12 juin 2008 à 22:09

J'ai donné cours en cinquième, dans l'équivalent d'un collège privé avec une majorité de gamins issus de "bonnes familles"
Quand j'ai commenté au préfet de discipline que je trouvais ces gamines de 13 ans beaucoup trop "sexy" pour leur âge (pantalon taille basse, string, maquillage) il m'a achevé d'un "un tiers a déjà eu des relations se*uelles" je me souviens a cet âge de porter des salopettes en jeans trop grandes et de couettes dans les cheveux... je n'ai pas trente ans :)
Crois moi, je partage vraiment ton incompréhension...

Posté par Laurence, 12 juin 2008 à 23:29

Rien de plus qu'une évolution sociale écoeurante.

Posté par Le CPE, 13 juin 2008 à 06:58

Allez dans quelques années, nous serons arrivés au "120 journées de sodome" (le marquis de Sade).
Bref, je ne suis pas vraiment étonné. Quand j'étais au collège (ZEP) durant le début des années 90, j'avais des jeunes filles qui pratiquaient la fellation pour 10 franc dans les toilettes de l'établissement, voire plus si on pouvait donné. Donc cela n'est pas nouveau. Toute fois, ce procédé se répand trop et malheureusement pour seulement le plaisir masculin. Par moment je me demande si on ne devrait pas donner certains livres de Sade aux jeunes filles afin qu'elles se rendent compte de leur situation.

Posté par Hervé, 13 juin 2008 à 08:56

J'arrive de chez BBK.mel et comme tous, je suis soufflée.
Je veux réagir à deux ou trois bricoles, vouloir être mère au foyer n'est pas plus patriarcal que matriarcal, j'ai une maman assez féministe qui a fait ce choix sans répondre à la demande du père de ses enfants mais parce c'était plus important pour elle d'être avec ses enfants qu'au travail, vouloir ce schéma ce n'est pas forcément un recul ni un signe d'une société coincée.
Où est l'indépendance quand on travaille à temps partiel parce que personne ne veux vous embaucher à temps complet, qu'on court entre les courses, la nounou et le RER ? Et si l'indépendance c'était le choix de pouvoir rester élever ses enfants sans être obligée de les laisser à une inconnue payée pour les aimer pour pouvoir manger autre chose que des pâtes ? Aussi loin que je me souvienne, je me suis toujours rêvée entourée d'une marmaille que je ne serais pas obligée de quitter tous les matins pour aller au bureau, on peut rêver d'être mère au foyer même enfant, ce n'est pas un recul, une renonciation.
Crakku, la libération sexuelle, c'est primordial "c'est mon corps et y'a pas de mal à se faire du bien" c'est une liberté absolue, et ça doit être la vérité. Mais ces gamines dans les chiottes du mac truc sont dépossédées de leur corps et n'ont aucun plaisir, elle assouvissent celui des autres, ça n'a rien à voir avec la libération sexuelle, c'est son exact opposé.
J'ai 22 ans, et moi, il y a 10 ans, j'étais en 4è, et j'étais amoureuse de Yohan, il m'avait pris la main, un jeudi, dans la pénombre du labo photo du collège... Mais dés la lumière rallumée, tout le monde s'écarte et on n'ose plus se regarder, j'étais si timide que quand le samedi midi il m'a demandé si je voulais bien sortir avec lui, je lui ai dit que je lui répondrai lundi, et le lundi alors que je voulais dire "oui", j'ai pas osé, j'avais jamais fait un bisou sur la bouche, tous ses copains et ma soeur nous regardaient dans un coin de la cour, alors j'ai dit n'importe quoi, je sais plus ce que j'ai dit, mais en fin de compte j'ai refusé.
10 ans après je regrette encore, et j'ai été ravie quand il a rompu avec la grue avec qui il est sorti 4 ans et qui m'avait remplacée dans son coeur.
Quand je le revois j'en ai encore un pincement au coeur.
J'ai la chance d'avoir une petite soeur de 13 ans un peu du même genre, quand elle est tombée amoureuse elle en est devenue muette, ne réussissant pas à y mettre des mots "c'est tellement... Wahou... Il est vachement beau, tu sais ?", elle est très fleur bleue, pourvu que mes trois autres frangines plus jeunes qu'elle soient aussi à l'abri de l'asservissement. Quand je vois mes soeurs belles comme des coeurs qui tiennent la main de leur amoureux, je me dis que toute cette génération n'est pas sacrifiée, et que pour ceux qui n'ont pas la chance d'avoir l'entourage scolaire, familial, géographique,... favorable, nous devons nous battre et comme le dit BBK.mel leur redonner des rêves.
C'est un peu brouillon tout ce que j'écris mais je lance les mots comme ils me viennent.

Posté par Fantomette, 13 juin 2008 à 10:20

Je prends le risque d'être décalée par rapport à tes com mais j'assume.
J'ai 60 ans et j'ai vécu mon enfance à la campagne : des trucs comme ça existaient déjà.
Tout le monde savait et on n'en parlait pas.
Certains écrivains régionalistes ont même trouvé le moyen d'en faire des trucs poétiques
genre se rouler dans le foin !
Tu parles.
Non Tiphaine !
Notre monde n'est pas plus pourri qu'avant.
On parle, on dit, on raconte
là est la différence.

Posté par Rosa, 13 juin 2008 à 13:41

Je vous crois d'autant plus volontiers que j'ai eu connaissance de faits exactement similaires dans mon collège. C'est à pleurer.

Posté par Billy, 13 juin 2008 à 13:42

J'ai vécu ça aussi dans mon collège zep-pep 4 pendant 10 ans...Mais, je suis étonné: la génération canal + qui matait le porno , c'était qui ???? la génération qui disait ouvrons nos frontières à toute la misère du monde , c'était qui ??? la génération qui criait à l'islamophobie dès qu'on critiquait cette religion, c'était qui ??? Facile d'attaquer la méchante société ultra-libérale version Mac-do...les problèmes remontent aux années 80, la fameuse génération Mitterand et ses années fric-bien pensance. j'étais alors au collège et des lycéens manifestaient contre la sélection en fac. Pfff les pauvres, si ils avaient su...

Posté par Choufarci, 13 juin 2008 à 17:29

A tous

Merci pour vos témoignages et vos réactions.
Rosa : relis mon commentaire, tu verras que tu ne me contredis pas.
On parle, on dit, on raconte, ça ne peut pas, ça ne doit pas être POUR RIEN.
Choufarci : Je ne crois pas avoir été aussi caricaturale. Je ne suis pas sûre que le problème remonte aux années 80 mais je ne suis pas sociologue, je fais juste un constat, extrêmement subjectif, c'est vrai.
Martine : Tu as raison, ce n'est pas vraiment du ressort de l'école, comme tellement d'autres choses avec lesquelles nous devons faire pourtant.

Posté par Tiphaine, 13 juin 2008 à 19:14

En réponse à fantômette qui écrit:"vouloir être mère au foyer n'est pas plus patriarcal que matriarcal, j'ai une maman assez féministe qui a fait ce choix"
Justeme nt pour elle il s'agissait d'un choix, pensé, avec des raisons qui lui appartenaient.
Là il ne s'agit pas de choix consenti, càd avec connaissance des termes de l'alternative ET de leurs conséquences à longue échéance mais de cession à une pression (lire 'quand céder n'est pas consentir' de NC Mathieu) de type imaginaire basée sur du symbolique qui ferait rassurance sur sa propre identité: un leurre donc.
Et comme cette pression est celle du mainstream socio-culturel actuel, on est bien dans le patriarcat,ou du moins, l'androcentrage, ce serait plus juste, puisque ces files n'existent que par l'homme, et pas forcément pas le père.
Dans l'absolu, cepandant, je suis ok avec toi: ce devrait pouvoir être un choix.
Et le féminisme se bat aussi pour que ce choix puisse être fait en connaissance de cause, sans inconvénient futur ni rabaissement de la personne qui le fait.
Autant dire que c'est pas gagné.
Quant au temps partiel (80% des femmes, et majoritairement contraintes à le faire) s'il s'agit d'un choix de vie, ok.
Manque de pot lorsque c'est 'choisi' ce l'est souvent 'pour s'occuper des enfants', comme si un papa ne pouvait assumer de prendre du temps pour cela.
Il est vrai que nombre d'entreprise considèrent qu'un bon employé, et surtout un cadre, ne doit aps compter ses heures (ce qui élimine donc pas mal de femmes qui veulent être ou sont mères), et on en revient au modèle en cours: le 'care' c'est pour les meufs.
Alors que tant d'hommes voudraient pouvoir s'investir là dedans.
Le féminisme se bat aussi pour cela, à savoir casser les modèles de genre qui aliénient f & h à des rôles qu'ils ne veulent aps forcément endosser.
Oh pardon à Tiphaine je fais du hors sujet, désolée...mais je suis tellement désolée pour les générations qui montent...

Posté par mebahel, 13 juin 2008 à 19:25

Mebahel : Tu ne fais pas de hors sujet.

Posté par Tiphaine, 13 juin 2008 à 19:36

Où sont les parents ?

Car pour moi, c'est ça, le problème. Certes, beaucoup de parents travaillent, mais si on arrive à trouver du temps pour parler à son enfant, je pense que ce genre de choses n'arriverait pas. A mon avis, ces gosses, ils n'ont pas de repères, parce qu'on ne leur en a pas donnés... C'est tellement plus facile de brancher la télé ou l'ordinateur en rentrant à la maison le soir, ou le week-end, quand on est un parent fatigué de sa journée (et je sais de quoi je parle, car j'ai souvent été tentée par cette voie-là)... Les enfants d'aujourd'hui sont trop souvent seuls, je pense...
Mais je ne vois pas comment régler le problème...

En tout cas, ton billet était remarquablement bien écrit, et très touchant. Je suis venue ici grâce à BBK. Je reviendrai.

Posté par Profette, 13 juin 2008 à 21:18

C'est vrai que je n'avais pas réalisé l'âge de tes élèves.
Je pensais à des ados plus vieux.

Posté par Rosa, 13 juin 2008 à 23:18

C'est vrai que bien souvent, la vie au foyer ou le temps partiel ne sont pas des choix réels mais par défaut, j'ai une collègue qui vient d'avoir une fille, elle n'a pas voulu s'arrêter mais elle court en permanence, arrive à 9h10 au lieu de 9h rouge d'avoir couru, elle repart à 17h pétantes en cavalant pour pas rater le RER et la nounou, son mec est cadre et on ne lui laisse pas le choix, idem en cas de maladie, quand elle s'arrête pour bébé malade c'est "ha les femmes et leurs gosses", si c'est son mec qui s'arrête, c'est "quel bon père !"... Ca fait drôle, surtout de mon point de vue qui ai deux parents dans l'enseignement et qui ai donc eu des parents très présents.
Le problème c'est que peu de jobs sont à échelle humaine, mes parents faisant peu d'heures de cours pouvaient être là au départ et retour de l'école, bosser avant notre réveil et après le repas, on n'est jamais rentrés seuls de l'école pour arriver dans une maison vide, c'est ça qui nous a "sauvés" sûrement.
D'ailleurs, ma maman a enseigné un an en ZEP, Tiphaine, j'ai lu toutes tes archives hier (j'en ai oublié de déjeuner et ai avalé un sandwich à 15h !), j'ai été touchée par l'épisode de ton fils en classe, furieusement énervée par les insultes d'un certain Titeuf, révoltée par les conditions, les élèves, je suis totalement admirative de ton boulot, ma mère a craqué au bout d'un an et s'est fait muter dans une école hors ZEP, je l'avais accompagnée un matin en cours, je suis rentrée en disant à mes frangins "elle dit la vérité quand elle raconte ce qu'il s'y passe", c'était tellement gros qu'on avait presque du mal à y croire.
Alors félicitations, bravo, bon courage, garde la foi dans ton boulot, on manque de profs comme toi et vu ce qu'ils nous mijotent, je crains que les vocations ne suivent de moins en moins.

Posté par Fantomette, 14 juin 2008 à 08:31

Le comportement des adultes et ce qu'ils ont à subir ont évolué proportionnellement à ce que subissent et vivent les ados.

Posté par Ed, 14 juin 2008 à 10:35

Il faudrait rétablir l'uniforme !

Posté par Tietie007, 14 juin 2008 à 10:52

A Tietie007 : je travaille dans établissement où l'uniforme est de rigueur. Eh bah comme dit le vieille adage : l'habit ne fait pas le moine. J'en ai eu des narrations sur les toilettes.
En revanche, l'uniforme aide plus pour une meilleure entente entre les élèves. Ainsi, le dictat des marques n'existe plus. J'ai une sensation que les élèves sont moins cruels entre eux, même si les "bizarres" sont plus stigmatisés (négativement).

Posté par Acharat, 15 juin 2008 à 13:22

Vraie question ça...est- on stigmatisé-e *d'abord* à cause de son apparence vestimentaire ou par un ensemble de signaux qui vous marquent comme différent-e.
Et dans ce cas: lesquels?(le vestimentaire pouvant en faire partie)

Posté par mebahel, 15 juin 2008 à 16:01

Mebahel : je ne sais pas s'il y a vraiment un ordre prioritaire, j'imagine que c'est un ensemble, l'apparence vestimentaire va souvent avec le reste des signaux qui vous marquent comme différent-e. Il me semble que les gosses qui m'apparaissent comme "différents" le sont pour des tas de raisons cumulées, pas seulement l'apparence qui n'est souvent qu'un révélateur. ça expliquerait pourquoi l'uniforme ne règle pas tout, cela dit, par rapport aux marques, je trouve que c'est une bonne idée même s'il me semble que, dans la pratique, les enfants s'arrangent toujours pour montrer leurs différences au moins sociales par d'autres signes, peut-être moins visibles. Cela dit, je n'enseigne pas dans un collège avec uniforme, je suis mal placée pour juger!

Posté par Tiphaine, 15 juin 2008 à 16:49

L'hypersexualisation des jeunes, ça me sidère vraiment. Au collège, il y a 10 ans, pour être dans le coup, c'était encore les bisous avec la langue, bien qu'à vrai dire, beaucoup -trop- de fille avaient déjà eu des relations sexuelles (va savoir pourquoi elles étaient méprisées).
Je serais dévastée si ma fille (j'en ai pas encore mais j'imagine) venait me voir pour me demander comment faire une bonne pipe ou si faire l'amour avec trois gars c'est bien ... pourtant c'est ce qu'elles demandent à leur infirmière scolaire, non ?
Je ne crois pas que le phénomène soit nouveau, je suis certaine qu'on en parle plus. Ce qui est nouveau en revanche, c'est que l'accessibilité à la pornographie soit plus facile, c'est que les parents soient capable de ne pas s'occuper des affaires de leurs enfants de dix ans. Les modèles dans la société changent, il faut être toujours plus sexy, toujours plus jeune. Parfois quand je vois des filles de 14 ans dans le métro, je me dis que pour un homme c'est difficile de ne pas virer pédophile. Même à 24 ans, je n'oserai pas porter ce que certaines portent. C'est idem avec l'uniforme, j'habite à coté d'un lycée privée où l'uniforme est en vigueur (comme tant d'école ici à Montréal), je peux quand même faire la différence entre ceux qui sont in et ceux qui sont out. Et les filles arrivent même à se débrouiller pour que l'uniforme qui pourrait faire "classe" fasse "p*tes". La société hypersexualise tout le monde jeunes et vieux, mais les jeunes ont moins d'armes pour s'en défendre et je trouve ça bien triste.

Posté par Aurélie, 26 juin 2008 à 19:21

Il m'est venu à l'esprit "oh mon dieu"... comme dans le premier commentaire. Je ne crois en rien, mais c'est ce qui m'est venu.

Posté par nikkos, 08 septembre 2008 à 23:21

Poster un commentaire







Rétroliens

URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=66228&pid=9523316

Liens vers des weblogs qui référencent ce message :