13 octobre 2008
UNE RESTRUCTURATION DES ATELIERS
Dans la catégorie "chez les autres" vous trouverez des témoignages de collègues sur ce qu'ils vivent dans leur établissement. N'hésitez pas à l'alimenter que vous soyez prof, surveillant, A.P., C.P.E., agent, principal, et caetera... Cet espace est le vôtre, merci pour vos témoignages. Si vous souhaitez m'envoyer un témoignage (positif ou négatif le but n'étant pas forcément de dénoncer ce qui va mal mais de témoigner sur la vie d'un établissement) envoyez-moi un message en cliquant en haut à droite sur le lien "contactez l'auteur".
Merci à tous !
Voici le texte qu'a bien voulu m'écrire mon ami F. qui bosse dans un lycée en restructuration...
Dans mon lycée, Il y a une restructuration en cours. Elle a été décidée par l'ancien proviseur qui est en retraite maintenant (il avait tout prévu). Il s'agit de la création d'un nouveau bâtiment et de la modification de l'existant (pour le lycée technique et le lycée professionnel).
C'est du grand n'importe quoi :
Pour gagner une phase au niveau des travaux (encore une histoire de tunes) on a entassé quasiment tout le lycée technique et le lycée pro dans un bâtiment évidement trop petit pour accueillir tout ce monde.
Il a donc fallu déménager en juin dernier après les exams (attention : déménager un atelier, c'est pas rien...); avec un chef des travaux qui a un gros, mais très gros problème au niveau des relations humaines (ce qui n'est pas son seul défaut il faut bien le reconnaître), ça a déjà fait quelques mécontents...
Enfin bref, du coup cette année on recommence dans les cartons.
Mais, comble de tout, les ateliers doivent RE déménager pour investir enfin les locaux définitifs (logique), et cela non pas en juin, en février !!! oui ! en cours d'année !
Donc en fait on ne déballe pas les cartons. C'est tout simple.
Pour ceux qui n'ont pas eu à changer de secteur, ils travaillent au milieu des marteaux piqueurs et de la poussière. Sereins et tranquilles.
Se rajoutent à ça tous les problèmes inhérents à un nouveau bâtiment :
- au début on nous a donné des badges qui ne marchaient pas.
D'ailleurs les élèves n'en ont toujours pas. On doit leur donner le nôtre pour qu'ils aillent à l'infirmerie, ou aux toilettes. Malheur à ceux qui arrivent en retard car ils doivent retourner à la vie scolaire (5 minutes de marche aller, 5 minutes de marche retour) pour qu'un surveillant revienne avec eux (eh oui : nous n'avons pas le téléphone) leur ouvrir la porte.
- tiens, à propos de toilettes, on n'en a pas (ça c'est pratique).Faut changer de bâtiment.
- pour le ménage, le nouveau revêtement est très joli mais les
chaussures y laissent des traces. Comme le sol est un peu granuleux, pour le nettoyer il faut une grosse machine comme dans les supermarchés. Y a juste à pousser les chaises, les tables, les établis, les machines et les systèmes pour pouvoir la passer. Après c'est nickel...
D'ailleurs c'est simple, comme il y a plus de surface à nettoyer, la région a supprimé un poste d'agent de service (logique non ?).
Ah ! On a un nouvel ingénieur pour s'occuper du réseau de l'établissement (j'exagère : un technicien. Pauvre gars, je le plains) parce que l'ancien qui était tip top s'est barré (il a trouvé un boulot ailleurs mieux payé pour moins de travail). Résultat des courses : Pronote recommence à marcher à la mi octobre (miraculus !).
On était revenu au temps des petits papiers pour les absences. Ça c'était rigolo.
Mais au début il n'y avait pas internet : ils étaient content au CDI et en salle d'info.
Ajoutez à ça un pro mou de chez mou qui favorise les élèves car les profs ont toujours tort et on aura une petite idée des conditions de travail optimales que nous avons en ce moment. C'est vrai qu'il y a de quoi se motiver. Si tout va bien la fin d'année devrait se dérouler dans la plus grande sérénité !
Ce week-end il y a eu une fuite d'eau. En arrivant ce matin dans le secteur de productique (là où y a les machines outils), les enseignants ont découvert 300 litres d'eau dans la salle.
Mais ce matin il y avait aussi les huiles : la nouvelle inspectrice est venue visiter le nouveau bâtiment avec le proviseur ; on attendait la venue du préfet, y avait la télé...
J'attends de voir les informations régionales ce soir, histoire de rigoler un peu devant ce nouveau fleuron de l'enseignement professionnel et technologique...
03 septembre 2008
Journal de pas-zep
Le texte qui suit est édifiant, il s'agit du témoignage d'un collègue sur sa rentrée dans un établissement ordinaire.
C'est pour ça que j'ai décidé de le publier ici.
Pour montrer par l'exemple l'importance cruciale d'une bonne administration de l'éducation nationale.
Pour éclairer un peu ceux qui pensent que les profs sont responsables de tout ce qui va mal...
Où l’on apprend que même dans un collège de pas-zep,
ça peut être le bordel si le principal-adjoint s’en mêle.
Préambule :
Avant d’entrer dans le vif du sujet de notre rentrée mouvementée, une petite indication concernant le personnage principal (adjoint) : lorsque qu’il nous distribue une information quelconque, on sait qu’on peut la jeter à la poubelle sans la lire, car il y aura forcément plus tard un rectificatif…
L’une des tâches qui me paraît le plus complexe dans leur métier, c’est de confectionner pour le 1er septembre autant d’emplois du temps (EdT) qu’il y a de professeurs et de classes, et que tous ces emplois du temps soient compatibles entre eux, que ce soit en termes d’horaires ou de salles. Connaissant le personnage (principal (adjoint)), nous savions déjà que cette rentrée serait le bordel. Nous imaginions un EdT où nous aurions à enseigner une discipline pour laquelle nous sommes totalement ignares, 1 heure de cours à 8h et la suivante à 17, etc … Nous ne savions pas où serait le bug mais nous savions qu’il y aurait un bug.
Lundi 1er septembre, 11h
Je consulte enfin l’EdT tant attendu. Première surprise : une bonne ! Il est compact, me laissant 2 journées de libres par semaine, même si ce ne sont pas exactement les jours demandés. Tant pis pour les W.E. à rallonge qui m’auraient permis de rejoindre l’âme sœur ! Une deuxième lecture plus attentive me laisse pensif : tous mes cours sont dédoublés.
Petite parenthèse technique pour les malentendants : un cours dédoublé est un cours que l’on ne fait qu’avec une moitié de classe entière, ce qui facilite certains apprentissages comme les TP de langues ou de sciences. Cela signifie que si pour une classe entière une heure de cours est dédoublée, chaque élève suivra une heure de ce cours mais le prof en fera deux (une pour chaque demi-classe, cqfd). On distingue donc pour un même cours les heures-élèves, définies par le programme, et les heures prof qui varient en fonction du nombre d’heures dédoublées. Il te faut également savoir, cher lecteur-pas-prof qui commence à avoir le crâne qui chauffe, que l’on ne dédouble les cours que pour les classes dont l’effectif dépasse les 20 élèves. Fin de la parenthèse technique
Je consulte mes listes d’élèves. C’est bien ce que je pensais : aucune de mes classes ne dépasse les 20 élèves. Il n’y avait donc aucune raison de dédoubler mes cours.
Je reconsulte mon EdT et je fais le compte des heures-prof : elles y sont. Par contre, mes cours devant être faits en classe entière ont tous été dédoublés. On est donc loin du compte des heures-élèves pour chaque classe. Par exemple, j’ai une division ou je dois faire 3 heures en classe entière. Sur mon planning apparaissent 1h30 pour une demi-classe suivies d’1h30 pour l’autre demi-classe. J’ai donc bien mes 3 heures-prof mais chaque élève n’a que 1h30 de cours par semaine au lieu de 3 !
C’est pas compliqué me direz-vous : il suffit de gommer sur l’EdT les mentions « groupe 1 » et « groupe 2 » et de faire comme si c’était en fait des heures en classe entière. Bon d’accord, ça fait 3 heures d’affilée avec les mêmes élèves, ce qui n’est pas, pédagogiquement parlant, la meilleure solution, mais bon, faut pas chipoter non plus ! Oui, mais là où ça se complique, c’est que les cours dédoublés fonctionnent en doublette avec un autre prof.
Brève deuxième parenthèse technique pour les infortunés non-profs sur le système de la doublette : pendant qu’une demi-classe fait cours avec un prof, l’autre demi-classe fait cours avec un autre prof. Puis ensuite, ils échangent. Fin de cette deuxième parenthèse technique.
Ainsi donc, si je prenais tous ces élèves pendant 3 heures, l’autre prof avec qui je fonctionne en doublette se retrouverait sans élèves !
Une autre solution me direz-vous : s’il me manque la moitié des heures élèves, on-n’a-qu’à me les rajouter et hop ! le tour est joué (et en plus je travaillerais plus pour gagner plus, gnark gnark, gnark !). Petit souci : j’ai atteint mon quota maximum d’heures, et quand bien même on pourrait me rajouter des heures sup’, le super-loto ne suffirait pas à me les payer vu que le principal adjoint a fait la même erreur sur toutes mes classes.
Je vais en parler au Grand Organisateur (non, non, je ne parle pas de Xavier Darcos, il s’agit bien sûr du héros du jour, celui-là même dont j’évoque les exploits depuis le début de ce trop long billet et je peux vous assurer que ce n’est pas fini). Je lui soumets le problème, un peu curieux d’entendre ses explications. Il fronce le sourcil puis, inspiré, me lance : « hé bien on va régler ça ! » Puis dans un radieux sourire : « vous allez voir, c’est magique ! ». Il se retourne vers son ordinateur, pianote, puis déclare : « il suffit de faire ça, puis ci et alors ….tiens ! ah bah non, ça ne peut pas marcher. Bon, alors, peut-être qu’en faisant comme ça puis comme ci …Ah bah non, ça n’est pas non plus possible. Bon, redites-moi tout ça, je vais le noter et je verrai ça ensuite. » Et le même scénario s’est ainsi répété autant de fois que j’ai de classes. « C’est magique ! » pensais-je en jouant des coudes pour me faufiler à travers le kilomètre de queue de professeurs mécontents qui attendaient devant sa porte.
Mardi 2 septembre, 13h50
Je suis professeur principal de la 4ème « houx, houx ». Je suis donc chargé à ce titre d’accueillir les élèves en cette journée de rentrée. Je photocopie les EdT pour les élèves (inutile de le leur dicter puisqu’il est faux) puis je me dirige confiant vers le lieu de rendez-vous. Je passe devant le sécrétariat de Wonder Bras - car il a tout dans les bras (non, non, je ne parle pas de Xavier Darcos, il s’agit bien sûr du héros du jour, celui-là même dont j’évoque les exploits depuis le début de ce trop long billet et je peux vous assurer que ce n’est pas fini) lorsque je vois quelques collègues et la sécrétaire elle-même qui se bidonnent en me voyant arriver. « En fait, vous n’êtes plus professeur principal de la 4ème « houx, houx ». Le principal-adjoint s’était trompé, il avait interverti votre classe avec celle de Mme Myrtille. Vous êtes en fait professeur principal de la 4ème « Tuc » »! Après quelques péripéties, je retrouve la classe de Mme Myrtille. Je frappe à sa porte, puis j’annonce : « bonjour ! je suis votre nouveau professeur principal depuis 10 minutes ! ». Elle me regarde, ahurie. Evidemment, elle n’était pas au courant.
Plus tard, je discutais avec quelques collègues.
Avec l’un :
- Bon, comment on fait jeudi, tu es en doublette avec moi, mais on va quand même pas couper la classe en deux, ils ne sont que 16.
- Le principal adjoint m’a dit de suivre cet emploi du temps à la lettre tant qu’il n’avait pas sorti un corrigé.
- Il est au courant qu’avec ce système les élèves ne feront que la moitié de leurs heures dans la semaine ?
- Je ne sais pas, mais en tout cas, c’est ce qu’il m’a dit.
Avec l’autre :
- C’est toi le professeur principal de la 3ème « glue » ? Comment est leur EdT ?
- Le mardi après-midi, ils ont 4 heures à suivre avec Mme Perruche, ils passent en suite les 4 heures du mercredi matin en maths puis le jeudi matin, ils décompressent avec 4 heures d’affilée avec Mr Bou. Quand au vendredi soir, ils finissent à 18h alors que c’est une classe où l’on a concentré les internes dont la majorité ont des trains entre 17 et 18h. Le prof concerné par ce créneau horaire espère pouvoir compter sur un tiers de ces effectifs.
Encore avec un autre:
« T’as vu ça ? ». Je regarde. Tiens. Un emploi du temps où les élèves ont 9 heures de cours dans la journée sans avoir une seule pause à midi. Intéressant
Et puis, fatalement, je finis par entendre : « Non mais ça ne va pas du tout ça, on ne peut pas faire la rentrée dans ces conditions. On devrait se barrer et revenir quand ce sera réglé. C’est ce qu’ils ont fait au collège « Poirot » l’année dernière, et ils ont eu raison ! Regarde moi ça : les collègues sont en train de se mettre d’accord entre eux pour savoir qui fera cours sur tel créneau horaire où il a prévu une doublette de profs pour une classe non dédoublable ! ça devient n’importe quoi ! »
Plus tard, j’attendais devant la porte de Power-Man (non, non, je ne parle pas de Xavier Darcos, il s’agit bien sûr du héros du jour, celui-là même dont j’évoque les exploits depuis le début de ce trop long billet et je peux vous assurer que ce n’est pas fini) pour soumettre de nouvelles doléances. La porte était entrouverte et j’entendais la conversation qu’il entretenait avec une autre personne de l’administration :
- Ah mais oui, je comprends, c’est très grave cette erreur : il n’y a pas le compte d’heures-élèves dans cet emploi du temps que j’ai préparé !
- Euh… oui, c’est pour ça que je vous dis qu’il faut le corriger sur ce créneau là.
- Ah d’accord ! Bon alors, je vais sélectionner ce bloc horaire puis je vais le valider.
- Euh… plutôt que de sélectionner les heures les unes après les autres, vous pouvez toutes les sélectionner en même temps en appuyant sur la touche CTRL.
- Ah d’accord !
- Euh… ne lâchez pas le doigt sinon ça ne marche pas.
- Ah d’accord !
Je pensais que notre supérieur hiérarchique n’avait qu’un problème d’utilisation des logiciels d’EdT ; c’est bien pire que cela : Power Man en est encore à apprendre à se servir du clavier !
Allez, une dernière petite anecdote : j’étais censé accueillir mes 25 élèves dans une classe qui ne comptait que 16 chaises et tables.
Les élèves de 4ème commencent à connaître l’établissement mais que doivent penser les petits 6ème qui viennent d’arriver ?
Et le principal qui s’étonne de voir les élèves fuir son collège …
J’ai l’impression de servir à bord d’un navire dont le Grand Timonier (non, non, je ne parle pas de Xavier Darcos…bon, OK, j’arrête là) dont le Grand timonier, donc, essaie de colmater
les fuites en donnant des coups de hache dans la coque.
En partant ce soir, je m’étonnais qu’il n’ait pas encore pété les plombs. Il voit depuis deux jours une file ininterrompue de profs mécontents, il a sur le dos la pression des parents, du principal, des élèves … Il doit bien se rendre compte qu’il y a beaucoup de choses qui ne fonctionnent pas, qu’il est lent et inefficace avec l’inévitable sangsue informatique dont il aimerait bien se passer mais qu’il n’arrive pas à apprivoiser. Mais comment fait-il ? Comment arrive-t-il encore à sourire et à plaisanter avec les personnes qui défilent dans son bureau ? Comment et-ce qu’il expulse tout ça quand il revient chez lui le soir ?
Si ce n’est pas un sérial–killer, il doit au moins avoir l’un de ces gros sacs remplis de sable sur lesquels les Rambo s’entraînent.
Je ne vois que ça.