journal de ZEP

journal d'une enseignante dans un collège dit "difficile"...

18 octobre 2008

Le temps de respirer

     Il est des moments où la furie et la folie sont tellement proches qu’on ne sait pas toujours de quel côté on va basculer.
Jusqu’ici, j’ai toujours su me ressaisir à temps.
     Ce matin, cours avec les sixièmes Achtung. Seuls neuf d’entre eux sont là. Les autres sont au second étage, ils m’attendent devant ma salle habituelle car ils ont oublié que le vendredi ils m’ont au premier. J’entends des cris en haut, je me doute que c’est mes monstres, je sors dans le couloir. Ils sont quatre profs plus le CPE à tenter de les juguler, je m’apprête à aller leur prêter main forte pour ramener mes ouailles mais j’entends des cris du côté de chez Zouaves. Je me précipite donc car j’ai malheureusement dû les laisser seuls.
     J’entre dans ma salle…
     Bob est juché sur une table qu’il fait plier de ses presque 80 kilos. Il balance sur le plafond tout ce qui passe à sa portée (il est leste le bougre !). Vestes, cahiers, trousses et calculatrices jonchent déjà le sol au grand dam de ces dames et en particulier de Mélodie 1 et 2 à qui appartiennent les objets sus cités.
Raymond, surprenant mon regard interloqué, a l’extrême courtoisie de m’expliquer tout en hurlant de toutes ses forces - il est en effet incapable de parler doucement même placé à deux centimètres de mon oreille-  qu’un insecte non encore identifié – mais très probablement une abeille ou un truc qui pique trop grave- a osé pénétrer dans la classe mais qu’heureusement Bob est en train de régler le problème.
Je brise la carrière de chevalier du valeureux  Bob en lui intimant l’ordre de redescendre sur terre. Il est atrocement vexé, j’en aurai la preuve odorante dans quelques instants hélas… Il fallait que je tombe sur un chevalier péteur, ce sont les pires… Mais qu’allais-je donc faire dans cette educalère ?
     Pendant que j’étais occupée à brimer les instincts guerriers de Bob, une rixe sauvage a soudain éclaté du côté de l’armoire. Je jette un œil sur le globe terrestre qui est perché dessus. Il est intact. Oh… me vient alors l’idée puissante de m’emparer de lui et de le fracasser sur le crâne des belligérants, oh que l’idée est tentante… Fripouille vient d’expliquer à Jeannot que si sa mère l’a laissé au foyer c’est parce qu’elle suce des b**** tous les soirs.
Forcément, Jeannot l’a mal pris…
     Barnabé, n’écoutant que son courage, est déjà sorti de la salle pour aller prévenir tous les élèves de toutes les classes du couloir qu’un événement intéressant est en train de se produire, mesdames et messieurs c’est par ici, demandez le programme…
     Henri hurle en riant, Isoline a pris son regard vitreux, elle a porté ses mains au visage et elle se balance de manière saccadée, d’avant en arrière, c’est là que Boris fait son entrée en me sautant presque littéralement dans les bras parce qu’il a eu une bonne note ou en tout cas c’est le prétexte qu’il me donne. Je note aussitôt qu’Alphidor qui le suit de très près, rougit violemment tout en lui lançant un regard noir. Alphidor est jaloux mais ne le répétez pas, il me fait des dessins à chaque heure, il pleure quand je lui rends une mauvaise note, et il passe des heures à entourer mon nom sur la page de garde de son cahier de jolis petits soleils… Hélas, je suis bien trop vieille pour lui, d’après Mélodie 2 qui semble être une experte en la matière, la vie est cruelle pour Alphidor !
     Le reste des petits mignons arrive enfin dans la salle accompagné de la CPE et de mon assistante (la pauvre !). La CPE embarque les deux jouteurs pour qu’ils s’expliquent et l’assistante repart avec Alphidor qui vient d’ouvrir la fenêtre pour lancer un joli glaviot. Hélas, il a raté la victime potentielle qui passait juste en dessous. Blessée seulement.
     C’était les cinq premières minutes de mon cours...

     Je me suis demandé si je n’allais pas quitter la salle, quitter l’établissement, j’ai même eu l’idée audacieuse et l’espace d’un instant follement réjouissante d’aller hurler ma rage à mon principal, envie de monter moi aussi sur la table et de hurler comme une démente que moi aussi j’existe, que moi aussi je ne supporte plus cette violence, cette haine, cette misère, ces faux semblants, ce désengagement de l’état et de la société.
    
     Je me suis assise sur le bord de l’estrade.
J’étais toute petite, à vingt centimètres du sol.
J’ai soufflé.
J’ai baissé la tête.
Quand je l’ai relevée, ils me regardaient tous, étonnés.
Ça a duré une ou deux secondes, à peine.
Le temps d’une respiration.
Et c’était tellement bon…

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11 octobre 2008

15 journées

Le CPE a lancé un défi à ses lecteurs. Décrire la journée du 10 octobre, en particulier les tranches horaires 10h-13h, et 17h-20h.
Voici la liste des participants à ce défi.
Bbk-mel , Mebahel , Cpechou , AcharatEd , Axel , Garfield , Hergeloffeni , Stéphanie F., Crybabycry , Doc-DocPascale , Ange-étrange et Le CPE.
Bonnes lectures !

Je me lève, je ne me bouscule pas et pourtant je devrais ! C’est comme ça tous les matins, j’ai du mal à me lever, je crois bien que je suis née comme ça, même en vacances, je rechigne à quitter le lit.
Je suis devant ma glace, j’essaie de me composer un visage à la fois sévère et avenant, ce qui n’est pas une mince affaire. Avec la pince à épiler, je supprime les poils sur lesquels les schtroumpfs risqueraient de bloquer pendant des heures. A quoi peut parfois tenir la réussite d’un cours… Un poil au menton, une braguette ouverte, une bretelle de soutien-gorge qu’on devine et on en perd au moins la moitié…
J’avale mon thé accompagné de deux petits gâteaux à la cannelle en écoutant France inter et puis je saute dans ma voiture. Il me faut presque trente minutes pour atteindre mon collège, j’aime bien ce temps-là, c’est celui qu’il me faut pour me faire progressivement à cette idée, tout doucement…
J’arrive à la récréation de 10h30. Quelques schtroumpfs me saluent, je leur rends leur bonjour en souriant. Je crois bien que certains m’appellent madame politesse, tant mieux.
Premier réflexe : l’ouverture de mon casier. J’y découvre une assiette remplie à ras bord de pâtisseries de l’Aïd. Un gamin les a déposés à mon attention hier soir. C’est tellement mignon…
Mes collègues sont en train de boire leur café, je me mêle à leur discussion en prenant bien  soin de fuir ceux qui parlent des élèves, j’aime pouvoir commencer la journée en douceur. L’un d’entre eux explique comment il a perdu 1500 euros mercredi matin en répondant France Inter à la question suivante : quelle est votre radio préférée ?
Je passe pour une extra-terrestre quand je leur révèle qu’on m’a posé la même question il y a quelques années et que, connaissant la réponse attendue, j'ai malgré tout répondu France Inter. On ne m’achète pas.
La sonnerie retentit.
Je vais chercher mes élèves, les sixièmes Achtung. Dix minutes avant de réussir à les faire ranger deux par deux en rang dans la cour. Il faudra l’intervention du principal adjoint pour y arriver. Cette classe est désespérante.
Il faut ensuite tenir une heure trente. C’est difficile. Insupportable par moments. Certains sont incapables de rester concentrés plus de cinq minutes ce qui est déjà un miracle. Nous corrigeons un contrôle que je leur rends. Curieusement, l’un d’entre eux se met à pleurer à cause de sa note. Je ne m’attendais pas à ça venant d’un petit loulou dans son genre. Il veut absolument refaire l’évaluation. Je lui propose de la refaire la semaine prochaine. Il continue à pleurer au milieu du vacarme ambiant. Si seulement ils pouvaient s’arrêter, juste un peu, ne plus avoir à menacer, à punir, à réclamer le silence cent fois, mille fois. J’aimerais pouvoir en rire, je ne le peux pas.
C’est avec soulagement que j’accueille la fin du cours. Une fripouille reste en classe avec moi, un peu plus longtemps, il n’a pas eu le temps de copier la leçon qui est au tableau. Il en est hélas incapable, ça fait une heure qu’il s’escrime sur dix mots. Je le laisse partir, je lui donne le week-end pour le recopier sur le cahier de son copain. Une heure trente de cours, dix lignes dans le cahier, un élève qui passe à l’oral dans l’indifférence générale, des cris, des objets lancés, des enfants, oh, comment dire tout cela que j’ai déjà dit. De pauvres gosses, ascolaires, déconnectés, azimutés, tellement loin de moi, de l’école, de la société.
Il y a tant à faire et nous pouvons si peu.
Il est midi trente, un de nos assistants pédagogiques offre l’apéro en salle des profs pour fêter son départ. Quand on lui demande ce qu’il retiendra de son séjour parmi nous, il répond en souriant « je sais maintenant que je n’aurai jamais d’enfants ». Il plaisante. A moitié seulement.
Je déjeune d’un sandwich, pas envie d’aller à la cantine retrouver un monde que j’ai chaque jour un peu plus envie de fuir. Je lutte depuis ce matin pour ne pas repartir, envie de tout laisser tomber, de cesser la comédie du prof.
Je remets le masque pourtant. Cours de 14 à 17 heures, sans problème particulier, ça fait du bien de travailler avec des élèves plus « classiques ». Je rends à Armand le touperouaire qui contenait jadis les petits gâteaux que sa mère avait préparés pour moi la semaine dernière, il me sourit, et en sort un autre de son sac, tout aussi gigantesque ! Miam ! Je sens que je vais me régaler ce week-end !
A la récré, deux anciennes élèves déboulent dans ma salle.
- Bonjour madame ! Vous faites toujours français ?
- Pas du tout ! Français c’était l’année dernière. Cette année je fais maths !
Mes élèves pouffent mais ils abondent dans mon sens.
Les schtroumpfettes ne se démontent pas :
- Dommage ! On aurait bien voulu vous avoir, nous, en maths ! Et pourquoi vous nous faites pas des cours de maths d’abord ?
- Parce que de temps en temps il faut que je dorme.
- Hin, hin, hin…
Elles s’en vont en ricanant. L’an dernier, en sixième, elles auraient pouffé. Mais ce sont des grandes maintenant !
Pendant la dernière heure, nous avons fait lecture, leur moment préféré, chaque jour ils me demandent avec espoir : «on fait lecture aujourd’hui madame ?», aujourd’hui enfin je réponds oui. «On va lire les orphelins ? Vous allez nous raconter la suite ?». Oui. La suite. Ils sourient, ils se passionnent, ils s’interrogent, ils m’interrogent, certains ont la larme à l’œil, d’autres font semblant de ne pas suivre mais je sais bien qu’ils n’en perdent pas une miette. Je pourrais presque n’être prof que pour ces moments-là.
Moments bénis…
A la fin de l’heure, trois petites restent pour bavarder. Elles sont venues me dire qu'elles aussi elles sont orphelines. Elles ont un sourire triste, comme si elles me faisaient cadeau de la confidence.
Je le prends comme un cadeau et je leur offre mon sourire et mes mots, tout doux, comme pour les apaiser.
Elles repartent en riant dans le couloir.
Voilà. La semaine est finie. Il est 17 heures. Je ne vais pas partir tout de suite, je ne peux pas partir de suite. Je vais décompresser avant de retrouver les miens.
Comme tous les vendredis, je discute avec l’agent de service qui nettoie la salle des profs. Les profs sont comme les élèves, faut pas croire, sont pas tous bien élevés à en juger par les tasses sales qui jonchent l’évier, les mégots par terre, les papiers gras, les trognons de pommes abandonnés à côté des ordis et tout ce qui traîne un peu partout…
17 heures 45, je monte dans ma voiture. Il me faut presque trente minutes pour rejoindre ma maison (z’avez  vu, c’est logique !), j’aime bien ce temps-là, c’est celui qu’il me faut pour me détacher progressivement de ce qui m’oppresse, pour évacuer la tension, essayer de libérer tout ce qui a été contenu toute la journée, tout doucement…
Ce temps est hélas rarement suffisant. On n’oublie pas aussi facilement ce dont je ne veux plus parler, ce dont je ne peux plus parler. Assez.
Je me chauffe doucement au soleil, fais des câlins avec ma fille (j’ai enfin trouvé une méthode imparable pour me faire câliner par cette ingrate, il me suffit de lui déclarer d’un ton fâché : "Ah  non ! Surtout pas de bisous ! Je déteste les bisous !"), tente de savoir ce que mon fils a fait à l’école (je n’ai à ce jour aucune méthode tout court pour y parvenir !), discute avec mon homme du repas du soir.
C’est tout vu.
On commande une pizza.
Il est vingt heures déjà.
Le temps passe toujours plus vite le week-end, allez savoir pourquoi…

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24 septembre 2008

La République du mérite

Le mardi avec les cinquièmes Merveille, c’est lecture. Ce sont les anciens sixièmes Framboise pour ceux qui ont suivi la saison trois, les petits loulous que nous avons emmenés à Paris. C’est un vrai bonheur de les retrouver cette année, ils ont grandi ET ils sont toujours aussi adorables. Ce qui est agréable c’est que j’ai eu le temps de les habituer à ma manière de travailler, on avance vite, le calme se fait immédiatement ou presque, je n’ai pas besoin de punir et, à peine de temps en temps je hausse la voix. Ils s’arrêtent immédiatement, ils ont envie de bosser. Comment ça fait du bieeeeennnnn !
Le mardi c’est donc lecture. Notre moment préféré. J’ai commencé la semaine dernière par les aventures des chevaliers de la table ronde. Avant de me mettre à lire, j’explique un peu, je situe le livre dans le temps, j’essaie de leur montrer l’importance de cette œuvre médiévale pour notre culture, on fait des liens avec des films récents (les chevaliers Jedi et le fameux Merlin de Walt Disney par exemple). Je me rends compte au bout d’un petit moment qu’Hector me fixe avec des yeux emplis de stupeur. Depuis un petit moment il trépigne sur sa chaise, il sait qu’il n’a pas le droit de m’interrompre mais il a envie de parler, une question lui brûle les lèvres, ça va sortir je le sais bien il ne peuxtpas s’en empêcher… Soudain, sans prendre la peine de lever le doigt il s’exclame :
- Madame ! Madame ! Comment c’est possible que le livre là il soit pas en poussière ?
Je regarde mon livre, interloquée…
- Il devrait être tout vieux votre livre madame, avec des pages déchirées !
Mon dieu… Je crois que je viens de comprendre…
Je le regarde avec un sourire amusé. Non, il ne plaisante pas, il est incapable de second degré… Il pense vraiment que le livre que je tiens entre les mains est une édition originale…

Première partie de l’évaluation à l’entrée en sixième avec les Achtung. Ils sont en demi groupe, dix élèves. Seuls deux ont l’air de s’intéresser à ce qui leur est demandé, les autres tentent tout ce qu’ils peuvent pour faire diversion. Avec un certain succès je dois bien le dire. Beaucoup savent à peine déchiffrer un texte, l’épreuve est terriblement stigmatisante pour eux, ils sont affolés par la longueur du texte et le nombre de questions dont ils ne comprennent pas un traître mot. Henri me demande :
- Vous nous aidez pas madame ?
- Non Henri, c’est une évaluation nationale je n’ai pas le droit de vous aider il faut que tous les élèves de France soient à égalité et passent l’épreuve dans les mêmes conditions.
- Ouais mais après ils vont dire qu’on est un collège de merde… C’est vrai madame qu’on est un collège de cèpes ?
- De ZEP Henri, de ZEP…
- Et Sarkozy il va les lire nos évaluations ?
- Non, il a sans doute autre chose à faire mais il aura probablement les résultats généraux.
- Moi madame, si c’est pour Sarkozy alors je vais me torcher avec !
Il commence à mimer le geste. Je l’interromps.
- Madame, je peux aller à l’infirmerie ?
- Non, tu n’es pas malade tu le sais bien.
- Madame, je peux aller me laver les mains ?
- Non, c’est le moment de l’évaluation Henri, essaie de faire ce que tu peux s’il te plaît.
Henri fait semblant de lire pour me faire plaisir. Deux secondes. Il explose ensuite une cartouche d’encre dans ses mains.
- Madame, je peux aller me laver les mains maintenant ? me demande-t-il avec un large sourire.
- Toujours pas…
Je suis un monstre cruel et sans aucune pitié mais je me dirige vers mon armoire dans laquelle j’entrepose toujours des paquets de mouchoirs et en prends un pour lui. Quand je reviens à sa table je découvre qu’il a mis ses précédentes menaces à exécution. Il s’est essuyé les mains avec son livret d’évaluation… C’est Sarkozy qui va être content!

Ce matin avec les sixièmes Achtung, toujours. Nous sommes en salle informatique, ils doivent taper un petit texte qui contient leur programme pour l’élection des délégués. Ils sont quatre couples délégué et suppléant. En moins de dix minutes, il ne reste plus qu’un couple, les trois autres ont éclaté, chaque suppléant ayant finalement décidé qu’il ne voyait pas pourquoi il ne se présenterait pas lui aussi…
Pas facile, pas facile…
Pour terminer  cet article dans la joie et la bonne humeur je vous livre en avant première les slogans de nos candidats (je vous épargne les fotes d’orthographe !)
- Votez pour moi et je ferai une fête!
- Votez pour moi et je supprimerai les cours!
- Votez pour moi et on ira en Amérique en voyage scolaire!
- Votez pour moi sinon je vais vous casser la tronche!

Voilà des enfants qui ont déjà tout compris à la politique, Sarkosy n’a aucun souci à se faire, la relève est assurée !

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10 septembre 2008

Commencements

J’ai pour habitude de commencer l’année avec mes sixièmes par une présentation orale de chacun. Je me présente, je leur dis qui je suis, d’où je viens, pourquoi j’ai choisi ce métier, pourquoi j’ai décidé de rester dans leur collège dont personne ne veut, ou presque, et je termine en leur disant ce que je sais bien faire et je leur cite deux de mes qualités. Ensuite, c’est à eux de jouer.
Et chaque année c’est la même chose, ils disent qu’ils sont nuls, qu’ils ne savent rien bien faire et qu’ils n’ont pas de qualité. Alors je creuse un peu, par d’habiles questions je les amène à admettre qu’il y a des choses qu’ils font bien. C’est un premier pas.
Je crois qu’on touche là à un point fondamental de l’éducation en général.
Comment voulez-vous progresser si vous êtes persuadé que vous êtes nul ?

Cours ce matin avec les sixième Achtung. La première heure, je l’ai passée dans la classe de mon collègue, Goyave. Je m’assois au milieu d’eux et j’écoute. J’adore être une élève.
C’est très instructif que de s’asseoir même une seule heure au milieu de ses élèves.
Je regarde le cahier de mon voisin. Il n’y a pas une ligne sans une faute et il s’agit juste de recopier ce qui est au tableau.
Je regarde la figure qu’ils doivent tracer. Elle ressemble à tout sauf à ce qui est au tableau.
Rien que ça, ça explique déjà tellement de choses…
Le but du cours est de savoir différencier droite, segment et demi-droite. Goyave explique et réexplique, reformule, refait plusieurs fois l’exercice, patiemment… Mon dieu ce qu’il faut de patience pour être prof…
J’observe les marmots. Il y en a un qui gigote, un autre qui s’amuse à se coller des gommettes sur le visage, un autre qui tape des chiffres sur sa calculatrice, un autre qui… Bref. Pas très concentrés mais silencieux pour une fois. Je réalise que mes exigences ont terriblement changé. Quand un cours se passe dans le calme, c’est une victoire immense. Et c’est vrai, c’est une victoire…

L’heure suivante, c’est moi qui prends « seule » les Achtung. Une assistante pédagogique m’accompagne, c’est son baptême du feu, elle ne va pas être déçue.
Durant les vingt mètres qui séparent nos deux salles, mes loulous profitent de la moindre occasion pour déconner. J’essaie de gérer au mieux.
Ils sont devant ma porte. J’attends qu’ils se calment. Pas trop longtemps parce que j’entends quelques collègues qui ferment la porte de leur salle, le bruit les dérange et puis mes élèves font les pitres et viennent perturber les leurs. Je les fais entrer. Je les laisse passer devant moi en  les regardant droit dans les yeux. Je remarque que Jeannot n’a pas l’air très bien, je le tiens à l’écart et m’apprête à l’interroger. C’est alors que j’entends un grand brouhaha dans ma salle : deux élèves sont en train de se bastonner sévèrement, l’assistante est au milieu, j’ai peur qu’elle s’en prenne une alors je saute dans la bataille avec l’élégance et la rapidité qui me caractérisent ! Zou ! Pendant ce temps le reste de la classe s’est placé en cercle autour de nous, youpi, et les gosses des autres classes rappliquent à toute vitesse pour assister au spectacle… Zut de zut…
J’envoie l’assistante chercher le CPE pour que les deux enfants puissent se causer au calme,  le faire en public n’est vraiment pas une bonne idée. Pffff…. Ils sont fatiguants avec leurs combats de coqs….
Les élèves ne sont toujours pas assis. J’attends le silence pour les y autoriser. C’est la règle dans mes cours. « Un cours commence et finit dans le silence ». Grâce à cette géniale règle, me voilà réduite depuis trois cours avec eux à terminer un quart d’heure plus tard et à rater la cantine mais je tiens bon, ils craqueront avant moi. Enfin j’espère !
Le CPE arrive et débarque donc dans une classe survoltée par la bagarre et pas du tout décidée à faire le calme. Il leur fait un petit speech qui a l’air de les calmer un peu. Mais l’un d’entre eux, Orélien, fait le malin. Le CPE prend donc son carnet et y dépose un petit mot. Et repart avec les deux loulous qui s’étaient battus en début d’heure vous vous souvenez ? Moi, j’avais déjà eu le temps d’oublier pourquoi il était là le CPE….
Bien.
Je respire un grand coup, je demande le silence, et, ô miracle, je finis par l’avoir.
Ils s’assoient. Le cours peut commencer.
C’est là qu’Orélien éclate en sanglots, suivi de peu par Jeannot.  Aussitôt, chacun y va de son petit commentaire.
Bordel de merde me dis-je en moi-même, je ne vais jamais y arriver !
J’y arrive quand même en envoyant Orélien faire un tour dehors avec l’assistante et grâce à la CPE qui emmène Jeannot. Pfff…. Le cours n’a toujours pas commencé et il reste vingt minutes avant la fin.
Ah ! C’est le retour des deux loulous qui s’étaient battus, on entre et on sort vraiment d’ici comme dans un moulin… Ils font la gueule, ça me va bien. Au moins ils ne causent pas, ils n’insultent pas. Je voudrais bien pouvoir parler à chacun d’eux, chacun d’eux mérite que je lui consacre du temps mais c’est impossible, ils sont vingt (je vous jure que c’est énorme, vingt cas) et…
Zut. Vous savez bien, on n’est pas des superhéros malheureusement. Mais là, ce dont ils ont besoin, ce n’est pas d’une prof de français, il y a tant de choses à régler avant.
Une nouvelle fois, je leur demande le silence.
L’un d’entre eux : « madame, on ne peut pas se calmer, on est les sixièmes Achtung!».
Déjà. Non seulement on les a catalogués mais en  plus, eux mêmes, ils se sont enfermés dans des rôles affreux.
Ils ne sont pas dupes.
J’hésite. Est-ce que je leur dois la vérité ?
Quelle vérité, d’abord…
Non, je ne peux pas leur dire cela. Alors je leur dis que je les traite exactement comme mon autre classe de sixième, que je suis le même programme, ce qui est vrai, et que je ne veux plus les entendre dire qu’ils sont des nuls et qu’ils ne réussiront jamais. Je leur affirme qu’ils ont autant de chance que les autres gosses  de ce bahut. Que s’ils veulent réussir, ils réussiront à condition qu’ils s’en donnent les moyens.
Je le dis pour celui ou celle qui va peut-être me croire.
Je le dis pour celui ou celle à qui je peux redonner espoir.
C’est possible,  c’est mal barré, déjà, mais c’est possible.
Je le dis pour moi, pour me sentir digne encore, pour ne pas avoir honte de moi.
Je  me raccroche à cela, ou sinon, je n’ai plus qu’à leur passer des films ou à faire du coloriage avec eux en attendant que ça passe. Bien sûr j’exagère, je ne sais pas bien faire dans la demi-mesure.
Le calme revient.
Ils doivent se présenter à l’oral. Ils sont obligés de crier pour couvrir les sanglots d’Orélien qui est revenu. La CPE ramène Jeannot et m’explique qu’il vient de changer de foyer et que ça se passe mal. Les détails, ce sera pour plus tard, pas le temps de l’écouter sinon là-bas ça va partir en live. Je sens une main qui me  tape dans le dos. Je me retourne. C’est Boris, un petit bonhomme qui passe son temps à venir me toucher, il ne peut pas s’empêcher. « Madame, madame,  Orélien il pleure parce que son père il le tape quand il y a un mot dans son carnet ! ». Merci Boris, retourne t’asseoir. J’envoie l’assistante et Orélien chez le CPE, faut régler ça avant le retour du petit à la maison, des gosses battus on en a quelques uns, on fait gaffe.
Où j’en étais moi déjà ?…
J’essaie d’expliquer à Barnabé qu’il ne peut pas aller à l’infirmerie parce que l’infirmière n’est pas là, je tente de convaincre Boris que son petit bobo à la tête ne va pas l’empêcher de m’écouter, j’explique à Maurice qu’il ne peut pas aller aux toilettes quand il veut, je demande à Mélodie 1 et Mélodie 2 de cesser de se peindre les doigts avec du blanco, j’assure à Léon que le tatouage que Bob vient de lui coller sur la joue lui va très bien, je…
Pfiouh... C'est pénible les débuts d'année scolaire, faut rien lâcher, rien laisser passer, répéter les règles et tenir bon, tenir bon, tenir bon...
La sonnerie retentit.
Je  leur demande de faire le calme.
Ils m’obéissent. (yes !).
Ils s’en vont non sans avoir nettoyé leur table, jeté leurs papiers à la poubelle, rangé leurs chaises et même, c’est pas possible c’est noël !, dit au-revoir…
J’adore ces gosses, ils sont presque impossibles à gérer en groupe mais j’adore ces gosses.
Je dois avoir fait dix minutes de cours, à peine…
Je ne serais pas étonnée si je voyais mon coach arriver maintenant avec une éponge, une serviette et un morceau de sucre. Pendant qu’il essuierait la sueur de mon front, il me dirait : « bravo Tiphaine, tu t’es bien battue ! ».
Je n’aime pas me battre.
Mais je ne me bats pas CONTRE eux.
Je me bats POUR eux.

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21 mars 2008

Le rire de celui qui ne rit pas

Me revient ce soir l’image de ce gosse,
La tête sur la table,
Le corps secoué de sanglots.
Juste derrière lui,
Un enfant rit.
Il rit pour la classe,
Il rit pour le couloir,
Il rit pour le collège tout entier,
Pour les élèves dans la cour,
Pour les mômes qui zonent derrière la grille en fer,
Pour ceux qui sont restés chez eux et qui ne reviendront plus.
Je suis sûre que la mort a un rire qui ressemble à celui-là.
Le rire de celui qui ne rit pas.

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11 décembre 2007

interruptions

- Madame, c’est plus haut que mon immeuble la tour Eiffel ?
- Beaucoup plus haut !
- Haut comment ?
- Comme dix fois ta tour au moins !
- Naaaaan…. C’est pas possible !
Visage perplexe et incrédule.
Fin de l’interruption

- Madame, vous l’avez fait quand avec vos élèves le Roman photo, là ?
- En 2000
- Ah… C’est pour ça… Ils avaient pas encore la couleur à l’époque !
Visage plein de commisération.
Fin de l’interruption

- Madame, avant, les latins, ils parlaient français ?
- Non, c’est l’inverse !
- Ils parlaient l’arabe ?
Visage dubitatif et exalté à la fois.
Fin de l’interruption.

- Madame, j’ai rien fait !
- Tu arrêtes, s’il te plaît !
- Mais, madame, c’est pas un avion !
Visage embarrassé de qui vient de faire une grosse gaffe.
Fin de l’interruption.

- Madame, j’ai envie de le frapper !
- Vas-y, qu’on en finisse, ça fait deux mois que ça dure !
Visage interloqué.
Fin de l’interruption.

- Bonjour madame ! Excusez-moi d’arriver en retard !
- Je crois que tu t’es trompé de classe…
- Oh !
Visage de petit bonhomme dans la lune.
Fin de l’interruption.

- Madame ! J’y comprends rien ! Il dit vraiment n’importe quoi ce Victor Hugo !
- Ce n’est pas parce que tu ne comprends rien que ça ne veut rien dire. On va le relire, tu vas voir, tu vas comprendre. Allez, recommence la lecture !
- Mais, madame, il était comment Victor Hugo?
- Heu... Barbu?
- Ah ! D'accord !
Visage réjoui et grandement satisfait.
Fin de l'interruption.

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21 novembre 2007

Récolte du jour

punitions2

    Récolte faste, je n'avais pourtant que trois heures ce matin !
    Les élèves ont l'impression que ça me plaît de donner des punitions, ce n'est pas vraiment le cas. J’en ai assez souvent discuté avec des collègues, beaucoup sont convaincus de la punition pédagogique, ils pensent qu’une punition est inutile si elle ne sert pas à l’élève. Je ne pratique pas ce genre de punitions, je donne des parties du cours à recopier même si j’ai l’impression d’être un vieux dinosaure quand je le fais. J’assume. Premièrement, ce n’est pas moi qui suis punie, je n’ai pas envie de perdre mon temps qui est précieux à corriger des exercices que les élèves auront fait à toute vitesse et à contre cœur. Deuxièmement, c’est la règle et puis c’est tout. J’avertis jusqu’à trois fois, ensuite, je punis. Mes punitions sont-elles aussi inutiles qu’on voudrait bien le croire ? Pas si sûr. Certains retiendront peut-être un peu du cours qu’ils ont à copier, c’est une hypothèse séduisante, pas forcément crédible pour tous les cas mais bon, on a le droit de rêver. D’autres retiendront sans doute que c’est pénible, que c’est bête, stupide, énervant, ils réfléchiront souvent à deux fois avant de recommencer et c’est bien là le but de mes punitions. Prévenir. Ensuite, s’ils sont enfin disposés à se conduire convenablement, ils seront plus attentifs et mieux disposés à être attentifs au cours.
    Ce midi, deux loulous attendent la fin de l’heure pour venir me rendre leurs punitions. Pas rancuniers. On cause. Madame, vous avez fini vos cours ? Vous rentrez chez vous alors... Vous avez des enfants ? Vous avez quoi comme voiture ? Comment ils s’appellent vos enfants ? Et votre mari ? Vous mangez quoi à midi ? Marcelin me dévisage puis il déclare, péremptoire : « Vous ! vous allez manger des petits pois et des carottes en écoutant de la musique classique ». Je n’ose le détromper mais je rigole doucement en pensant à la pizza surgelée qui m’attend dans mon congélo…
    Les profs sont des OVNIS pour les élèves, vous n’imaginez pas le regard effaré qu’ils ont quand ils vous croisent dans un supermarché par exemple… Mon dieu ! Le prof mange ! Pour peu que vous ayez un paquet de papier toilette dans votre caddie, un monde s’écroule…

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09 novembre 2007

Pavillon en berne

Une sonnerie, forcément
Le vent dans les arbres
Le chahut de la cour
Des pas précipités
Cris
Des bousculades
Les portes qui grincent
Le « schkpiourk » lancé du haut de l’escalier sur des têtes innocentes
Le glaviot qui s’écrase mollement
Les chaussures qui crissent dans le couloir
Hurlements d’un prof
Une chanson
Des claquettes
Les frappements de main en cadence
Chut…
La clef dans la serrure
Les chaises déplacées
Les fermetures éclair des cartables, des trousses et des blousons
Les cahiers et les livres jetés sur les tables
Une règle en fer qui tombe
Bavardages
Le « schpouic » maudit des bics 4 couleurs
Moqueries
Insultes
Un rouleau de scotch qu’on dévide
Les rires étouffés
Prout
Des cris indignés
Des soupirs d’écœurement
Le papier découpé par les ciseaux
La feuille froissée
Chaise qui se renverse subitement
Les éclats de rire
Les bips électroniques des montres, jamais synchronisés
Les genoux cognés l’un contre l’autre
Les doigts qui courent nerveusement sur la table
Craie qui crisse contre le tableau
L’estrade dont le bois craque
La boulette qui atterrit dans la poubelle
La sonnerie d’un portable
Les éternuements
La mastication et les bulles qui éclatent
L’ouverture des paquets de mouchoirs
Bourdonnement envahissant
Mes hurlements d’impatience
Les cris indignés de mes victimes injustement accusées…

Et, de temps en temps, des bribes de mon cours.

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10 octobre 2007

Brèves de matinée

    Ils arrivent au compte-gouttes, ils ne sont pas comme d’habitude.
    Agités ou peut-être inquiets.
    Des petits bonshommes et des petites bonnes femmes tombés du lit.
    A la récréation, une collègue m’apprend qu’il y a eu une descente de police dans leur quartier à six heures ce matin. Parents menottés, pièces retournées, ne dormez pas tranquilles.
    Sidonie, ils l’ont laissée partir pour aller à l’école mais ses parents, ils les ont gardés. Prends ton petit cartable, va-t-en… Que vont devenir mes parents ? Est-ce que je vais seulement les retrouver quand je vais rentrer ?
    Sidonie, ils l’ont laissée partir. D’autres enfants ont dû rester.
   Barnabé fait le clown quand j’ai le dos tourné. Je le surprends pourtant en train de se promener joyeusement dans les rangs avec un parapluie bleu.
    Konrad a oublié son cahier de français à sa place. Je l’ouvre. Sur la page de garde, il a inscrit son nom et son prénom, mais à la place de la matière, il a noté : « mon cayé d’animo ». Je tourne les pages et je constate qu’en effet il s’agit bien d’un cahier d’animaux. Accompagnés de belles photos qu’il a probablement découpées pendant mon cours, de magnifiques légendes telles « le votoure » ou « le tikre ». Je me disais aussi qu’il était bien calme ce matin.
    Une affiche indique que c’est le « bureau provisoire de l’assistante sociale ». Sans commentaire. Je m’y installe avec le papa de Maurice. Il m’apprend que sa famille et lui viennent d’Algérie et qu’ils sont en France depuis un an seulement. Je l’ignorais. Il est inquiet, il sait que j’ai puni son fils à plusieurs reprises, il voudrait juste que tout se passe pour le mieux. Il me dit qu’il lui a bien expliqué que le français était une matière très importante, primordiale même, que sans elle on est bien embêté pour comprendre tout le reste. Quand je lui dis qu’il a bien raison et même, que le français est une matière discriminatoire, il me regarde d’un air presque affolé. Très étonné en tout cas. Comme si on n’avait pas le droit de dire tout haut que l’égalité des chances est une belle connerie… Y’en a marre d’entendre toujours le même refrain. Je lui dis que si deux jumeaux se présentent à un examen d’embauche avec exactement les mêmes qualités mais que l’un d’entre eux est bon en français et pas l’autre, c’est toujours celui qui est bon en français qu’on préférera. Ne soyons pas hypocrites. Je crois qu’il va pleurer. Il se retient à temps. Moi aussi. Le papa de Maurice note sur un petit carnet les références des cahiers d’exercices que je lui recommande. Je lui dis en souriant qu’en faisant réviser son fils, il pourra lui aussi apprendre. Il me remercie presque avec tendresse.
    Sur le trajet retour, dans la voiture, j’écoute France-Inter. Je suis prof, c’est normal… On est des intellectuels, c’est bien connu… Je suis fatiguée, ne m’en voulez pas de mon cynisme inhabituel. D’habitude, j’essaie de rire quand j’ai envie de pleurer ou de hurler. Bref. C’est l’heure du Jeu des mille euros, j’ai toutes mes chances car on est mercredi, le jour des enfants et des étudiants. Les questions sont plus faciles, je vais peut-être remporter le super banco ! Les deux candidats sont un collégien de troisième et un étudiant en I.U.F.M. qui prépare le C.A.P.E.S. et se destine à devenir prof de français. L’animateur en profite donc pour lui demander ce qu’il pense de « toutes ces polémiques à propos de l’orthographe, des dictées, sont-elles vraiment nécessaires, est-ce si important que cela ? ». Et gna gna gna et maintenant de nos jours avec la vie moderne qu’on a et les SMS vraiment, hein… Le garçon explique avec aplomb qu’il a un avis sur la question et il nous fait la grâce de nous en faire profiter. Youpi ! Selon lui, ce qui importe c’est la communication. Le français est avant tout une langue de CO-MMU-NI-CA-TION, l'important, c'est de se faire comprendre. Tant qu’on se fait comprendre, hein… L’orthographe à quoi ça peut bien servir…
Première question, question bleue, la plus facile, en principe. Madame Bidule vous demande de trouver trois mots masculins qui se terminent par « ée ». Forcément, je jubile ! Ben v’là ti pas que mon gars l’étudiant il propose « un aînée  »! Bozon, lui signale aimablement que ça ne finit pas par « ée ». Sympa le mec ! Voyant que c’est la première question et que nos deux candidats ont l’air de ramer, il les aide : « Julien est en troisième cette année mais l’an prochain, il sera… ». Et là, pour mon gars le futur prof de français, c’est soudain l’illumination : « L’universitée!» .
    On est dans un beau merdiée tiens…

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26 septembre 2007

La bonne excuse

J’en ai eu une belle ce matin ! Christobald est arrivé à dix heures alors qu’il avait cours avec moi à neuf. Il m’a expliqué qu’il était au C.D.I. (j’ai vérifié, c’était vrai !) en train de lire, et qu’il était tellement passionné par son bouquin qu’il n’a pas entendu la sonnerie de l’intercours !
Ma-gni-fique !
C’est surtout pour les punitions qu’ils ont toujours de merveilleuses excuses :
« Madame, je la vois ma feuille ! Je vous jure ! Elle est posée sur mon bureau en ce moment même ! »
« Maîtresse ! Je l’avais noté dans mon cahier de texte pour le 26 avril, j’ai confondu avec le 26 septembre ! »
« Madame, mon petit frère il a gribouillé toute ma feuille, faut que je la remette au propre quand même ! »
« Maîtresse ! Mon chien l’a mangée ! »
« Madame ! Mon cartable avec la punition il est resté chez mon père ! »
« Maîtresse ! Ma mère elle l’a signée et puis elle a oublié de me la rendre ! »
« Madame, j’ai pas eu le temps ! J’avais foot ! »
« Maîtresse, je vous jure qu’elle était dans mon sac ce matin ! J’comprends pas ! Elle a disparu ! »
Ils ont toujours de belles excuses, ils rivalisent d’ingéniosité ! Je devrais mettre des notes de « menteries », évaluer la pertinence des excuses, provoquer une sorte d’émulation !
C’est une idée ça, je vais leur proposer ce sujet pour leur prochaine rédaction :
« Vous avez oublié de faire votre punition et votre professeur vous demande pourquoi vous n’avez pas rendu cette maudite feuille. En cinq lignes minimum, inventez la plus belle ou la plus folle  des excuses ! »
Chers lecteurs, c’est à vous de jouer ! Vous avez le droit de faire moins de cinq lignes, vous n’êtes pas mes élèves ! Que le meilleur gagne !

excuse

Pour ceux qui ont du mal à trouver l'inspiration,

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