journal de ZEP

journal d'une enseignante dans un collège dit "difficile"...

05 juillet 2007

Enfin !

Après douze semaines, ça fait du bien. La tension est montée peu à peu pour atteindre son paroxysme la semaine dernière, juste quand il n’y avait plus d’élèves !
C’est tout de même incroyable, les adultes entre eux sont finalement bien plus violents que ceux à qui nous devrions montrer l’exemple.
Pendant les huit prochaines semaines je vais essayer d’y penser le moins possible mais, si on peut ranger son cartable dans un coin obscur du garage, on ne peut pas aussi facilement ranger les élèves dans un coin oublié de la tête. Je me connais, je sais bien que je vais bosser. Et que je vais penser à eux.
Me faudra mettre un cierge dans une église en liaison directe avec Dieu himself pour lui demander un miracle pour l’an prochain, pour que nos schtroumpfs fassent aussi bien que cette année en dépit des réductions horaires en français.
Je crois encore aux miracles, ce n’est pas pour rien que j’enseigne toujours en ZEP !
Une jolie petite perle, avant de vous quitter :
- Quel est le prénom de Dali ?
- Mohamed !
Rendez-vous début septembre,
bonnes vacances à ceux qui ont la chance d’en avoir, bon courage aux autres !



28 juin 2007

Brèves de brevet

Collège centre d’examen
Elèves transformés
Concentrés
Calmes
Ou absents

22 juin 2007

De l’incommunicabilité

Récréation de dix heures. Je sors chercher « mon » élève. Dans le couloir, derrière un poteau un petit bonhomme haut comme trois pommes se cache. Il doit avoir environ quatre ans. Je m’approche de lui en souriant :
- «Bonjour toi ! Qu’est ce que tu fais là ? Tu es bien trop petit pour venir dans l’école des grands ? !
- On t’emmerde !»
J’ai peut-être mal compris. Son grand frère, en face de lui, ne semble pas réagir. J’essaie une tentative de diversion :
- «Elles sont jolies tes chaussures ! Mais c’est Spiderman, non ? !
- On t’emmerde !»
Toujours pas de réaction du côté du grand frère, il faut quand même que je marque le coup :
- «Tu sais, les grands ça ne les fait pas rire du tout ce que tu dis. C’est des gros mots. Peut-être que ça fait rire les autres petits garçons mais il ne faut pas le dire à des grands ! Tu as compris ?»
Il me regarde droit dans les yeux, le sourire aux lèvres, avant de me répondre :
- «On t’emmerde».
La leçon de morale a été brève, il faut que j’aille récupérer la seule élève courageuse de ma classe de troisième qui est venue faire un entraînement au brevet, alors je quitte le petit bonhomme en lui disant au revoir.
Fidèle à lui-même, il me répond : «On t’emmerde !»…

******


Le monde des chiffres est un univers qui me semble obscur, j’y ai rarement accès, je le regarde de loin sans vraiment comprendre.
Nous sommes réunis cet après-midi pour la répartition des élèves dans les futures classes. Mes collègues m’ont présenté un tableau que je n’ai pas compris, ils ont pourtant été patients mais ces chiffres ne veulent rien dire pour moi. Peu importe, je leur fais confiance. Ils me disent que nous ne pourrons pas l’an prochain mener les mêmes projets que cette année, qu’il nous faudra faire des choix. Ils ont peur et je les comprends. On ne peut pas avoir une politique « Ambition réussite » et ne pas mettre le paquet sur les heures de lettres. Tout le monde en convient je crois.
Notre principal est intervenu et nous a expliqué qu’il y avait assez d’heures. J’ai senti comme un grand mur d’incompréhension entre nous et ce n’est pas bon. Je suis persuadée que nous voulons tous sincèrement le mieux pour nos gamins, nous ne devrions pas avoir à nous déchirer ainsi. Le ton est monté, la tension était très nette. Matière contre matière, profs contre profs, profs contre principal et toujours cette même incompréhension, un même mot représente deux réalités différentes et chacun est persuadé de sa bonne foi.
Je ne comprends rien aux explications de mes collègues, je ne comprends rien non plus à celles de mon principal. Ce que je ressens, par contre, c’est que chacun est à cran, chacun semble persuadé de ce qu’il avance et c’est probablement le cas d’ailleurs.
Reste qu’on n’arrive pas à s’entendre.
Reste que c’est l’avenir de nos gamins qui se joue là et que pour beaucoup d’entre nous, ce n’est pas un jeu.
Comment supporter alors ces querelles d’épicier ? Elle est pas belle ma matière ? Elle ne mérite pas plus d’heures ?
La DHG (Dotation Horaire Globale, c’est à dire le nombre d’heures qui est alloué au collège pour l’année scolaire prochaine) nous impose un certain nombre d’heures d’enseignement à répartir. Cela suppose des choix, une politique d’établissement. Nous sommes plusieurs à penser que le français est une matière fondamentale, qu’il est difficile de réussir dans d’autres domaines quand on ne maîtrise pas la lecture et l’écriture. Mais si on ajoute des heures en français, il faudra en retrancher ailleurs ce qui supprimera certainement des postes. C’est une lourde pression et nous ne devrions pas culpabiliser puisque nous pensons d’abord à ce qui est le mieux pour les élèves. Mais nous sommes des personnes et le conflit se transforme en guerre de personnes. Il nous faudrait choisir notre camp, décider pour qui l’on est et surtout contre qui.
Je ne veux pas poser le problème en ces termes.
Nous sommes dans le camp des élèves. C’est tout. Et nous ne sommes rien face à leurs difficultés, face à leurs échecs, si nous pensons d’abord à nos heures, à notre matière, à notre confort personnel.
Nous devrions être dans le camp des élèves. C’est tout.

18 juin 2007

Il faut faire des gribouillages dans le cahier et dessiner des crocodiles sans dépasser !

Cet après-midi, j’ai dû aller au collège avec mon fils de quatre ans.
Je vais chercher mes élèves, sa petite main dans la mienne. Dès qu’ils le voient, ils se précipitent et le voilà entouré par une vingtaine de mômes délirants. Il leur dit : «Foutez-moi la paix !». Je le reprends, je suis prof de français tout de même ! Alors il regarde ses pieds et il demande : «Laissez-moi tranquille». Je râle un grand coup et ils reculent d’un pas. Mon fils respire. Je me dis que ce n’était peut-être pas une si bonne idée, mais si je ne prends pas ma classe de sixième, ils vont avoir deux heures d’étude…Si je peux l’éviter…
Nous montons dans ma salle, Titouan se précipite vers mon bureau. Les élèves s’installent calmement et s’assoient sans bruit. Je m’apprête à faire l’appel quand une petite voix s’élève :
«Moi, je suis la maîtresse et toi maman tu es le maître. Alors, mes enfants, il faut faire des gribouillages dans le cahier et dessiner des crocodiles.» Mes élèves se marrent, mon fils ne se démonte pas. «Mes enfants, je vais vous raconter une histoire». Les élèves : «oui, maître !». Titouan leur raconte l’histoire de la petite grenouille à la grande bouche dans un silence incroyable. Il prend le temps de répéter pour ceux du fond qui n’ont pas entendu. Je n’en reviens pas que ce petit bout d’homme tienne ainsi en haleine vingt mômes de 12-13 ans. Nous sommes fascinés, nous l’écoutons en souriant. Quand il a fini, il se lève et « écrit la date » au tableau, à la grande joie de son public désormais conquis.
Je mets en marche le lecteur DVD, j’ai prévu de leur passer Ulysse. Mon fils prend une chaise et s’installe avec eux. Il déclare à qui veut bien l’entendre : «C’est mon film préféré !», les élèves doivent penser que c’est bien un fils de prof !
Le film commence, on entend des moutons et Titouan rit de bon cœur. Pendant près d’une heure trente, ils regardent les images, ensemble. De temps en temps, mon fils quitte son siège et vient me dire un mot à l’oreille, «je t’aime», «crocodile», «lapin» et «kik kik».
Quand le fin du cours sonne, mes élèves viennent faire la bise au petit et lui demandent de revenir demain. En partant certains d’entre eux lui disent : «Au revoir maître !».
J’ai adoré ce moment tendre, je réalise à quel point ces petits sont vraiment petits, qu’il n’est pas loin le temps où ils étaient à l’école, le temps où ils jouaient au dragon ou aux trois petits cochons. Aujourd’hui, ils savent qui est Homère, connaissent leurs conjugaisons, pas toutes !, se tiennent le plus sagement qu’ils peuvent en classe… Mais il leur reste un peu de cette enfance qui ne veut pas mourir et je sais que c’est un peu d’eux qui est venu leur rendre visite cet après-midi. Et c’était bon, et c’était beau.

10 juin 2007

Pouvoir allé a lecol ces une chanse

Vendredi, j’étais convoquée pour corriger le cfg, le Certificat de Formation Générale. Il s’agit d’un examen que passent certains élèves de troisième, ceux qui sont en classe à dispositif particulier, le plus souvent des classes d’insertion professionnelle avec plus ou moins de stages.
Nous étions trois à plancher, dans une petite pièce. Trois à constater que nombreux sont ceux qui savent à peine écrire, à peine lire. Le sujet n’était pas difficile pourtant, je suis bien placée pour le dire, c’est moi qui l’avais proposé. Un texte de dix lignes, quelques questions de compréhension basiques du type qui est l’auteur, donne un titre à ce texte, combien trouves-tu de personnages… et un travail d’écriture : « Pensez-vous que le fait d’aller à l’école est une chance ? Pourquoi ? »
Mercredi, j’ai corrigé les évaluations que les élèves de CM2 viennent de faire. Le texte était trois fois plus long, il y avait des questions de compréhension, des questions de conjugaison, de grammaire, une rédaction d’une vingtaine de lignes. Si j’avais donné le même sujet aux enfants qui ont passé le cfg (il n’aurait jamais été accepté, c’est juste une hypothèse !), je crois que très peu auraient réussi à s’en sortir. Sur mes 70 copies de cfg, seuls trois élèves ont eu moins de dix. Le sujet était vraiment facile et personne n’a envie d’enfoncer ces gamins pour qui l’école est le plus souvent le lieu de l’échec.
N’empêche. La plupart des gamins de CM2 est très nettement meilleure. Ce sont les mêmes gamins que nous retrouvons 4 ou 5 ans plus tard au cfg. Que peut-il bien se passer pour que certains d’entre eux régressent à ce point ?
Passés les contresens classiques sur le texte de départ (l’auteur de ce texte est le livre de poche jeunesse 2003), la petite rédaction (5 à 10 lignes) montre que les candidats…
Mais jugez plutôt par vous-mêmes :
« Il y a pas de sous metier. Pouvoir allé a lecol ces une chanse paceque bocoup d’enfant ne peuvent pas y allé et certain se retrouve en ne chassant ni lire ni ecrire. Lecol ces une chanse pour pas se retrouver esclu quand des amis a toi parle de choses que tu ne conner pas. »

04 juin 2007

Deux gouttes d'eau

    J’écris au tableau, ils ne mouftent pas, non pas qu’ils soient passionnés par les signes étranges qui s’alignent sur la surface verte, non pas qu’ils se soient endormis, non pas qu’ils aient soudain disparu dans une faille spatio-temporelle jusque là insoupçonnée, non pas qu’ils craignent mon courroux coucou, non pas qu’ils soient subitement devenus muets sous le coup d’une étrange et inexplicable épidémie, non pas qu’ils soient morts… Ils ne mouftent pas parce que Balsamine est dans leur dos.
    Quand Balsamine est là, nous pouvons jouer au prof et aux élèves. Ce serait une classe comme les autres, les élèves auraient envie d’apprendre, le prof serait enjoué, le cours se déroulerait classiquement par un appel, puis la lecture d’un texte qui amènerait de riches réflexions et des débats passionnés mais maîtrisés, bien entendu !
    Balsamine n’aime pas jouer les mères fouettardes, je comprends cela, elle n’est pas là pour distribuer des claques ou des bons points. N’empêche, quand elle est là, je peux être le prof que je voudrais être avec ces élèves-là. Ceux qu’on a du mal à cadrer parce qu’ils sont allergiques aux cadres en même temps qu’ils ne cessent d’en réclamer parce qu’il leur faut des repères, ceux qui ne savent pas tenir en place, ceux qui ne savent s’exprimer que par les insultes, ceux pour qui la violence verbale et physique est comme naturelle. Lorsque Balsamine est là, je peux faire mon cours sans craindre les conflits, je peux lire et faire lire sans que les élèves ne partent en vrille, je peux enseigner, tout simplement.
    L’une comme l’autre, nous savons que ce n’est pas LA solution, mais nous savons aussi qu’il n’y a pas vraiment de solution non plus. L’une comme l’autre nous faisons notre possible pour que ces mômes apprennent au moins à respecter les autres, c’est ambitieux, ce n’est pas toujours une réussite hélas.
    Seule la menace les empêche de s’insulter, seule la menace les contraint à ne pas se battre.
C’est frustrant, c’est rageant, nous ne sommes que des gouttes d’eau et nous pouvons bien peu.
Peu, ça reste mieux que rien.
Peu, ça énerve quand on a le cœur gros.
    J’écris au tableau et ils ne mouftent pas. Ils s’appliquent à recopier dans leur cahier avec un stylo tout mâché qui leur sert d’avantage de sarbacane que d’alibi scolaire.
    Le nouveau est au premier rang, il m’a prévenue d’emblée : «Je suis dans cette classe parce que je suis incapable de me tenir tranquille plus de dix minutes !». Effectivement, onze minutes plus tard, je l’entends exprimer à voix haute l’intimité de sa pensée :
- Putain ! Qu’est ce que je me fais chier !
Je me retourne tout doucement, personne d’autre que moi ne semble l’avoir entendu. Je fais les gros yeux et il me regarde d’un air étonné. Puis soudain :
- Madame ! vous avez entendu ce que j’ai pensé ? !
J’ éclate de rire et je lui réponds qu’à l’avenir, il faudrait qu’il pense un peu moins fort, s’il ne veut pas avoir d’ennuis. Avec le plus grand sérieux, il me répond qu’il va essayer. J’ai cependant peur qu’il n’ait pas tout à fait retenu la leçon car, au cours suivant, il s’est sauvagement battu avec un «camarade», comme ce mot est mal choisi, qui devait moyennement apprécier de savoir lui aussi lire dans les pensées !
Nous ne sommes que des gouttes d’eau et nous pouvons bien peu…

21 mai 2007

Tout léger, tout léger...

Il faisait chaud cet après-midi, j’avais un chemisier tout léger, tout léger…
Il faisait chaud cet après-midi et mes petits sixième se bidonnaient, se bidonnaient…
Il faisait chaud et peut-être bien qu’ils ont aperçu, l’espace d’un instant, la bretelle de mon soutien-gorge.
Il faisait chaud et ils me regardaient avec des yeux rieurs, n’entendaient pas mes mots, se retournaient en pouffant.
Il faisait chaud et j’ai eu bien du mal à les ramener à mon cours sur les expansions du nom.
Il faisait chaud et c’était une autre expansion qui les fascinait, que voulez-vous y faire, la réussite d’un cours tient parfois à des détails insoupçonnés !

16 mai 2007

Météo

Derrière la chaise de mon bureau, deux seaux. Un rouge, un bleu. Au-dessus de ma tête, une infiltration d’eau dans le plafond.
Admettons qu’il pleuve.
Admettons que les élèves se taisent, pour une fois. C’est possible, ça arrive…

Dans mon dos ça fait plic ploc plic ploc plic ploc…

A ma droite, un mur avec cinq ouvertures.
Quand le vent souffle, il tente de s’engouffrer dans ma salle aux fenêtres fermées. Je fais toujours cours les fenêtres fermées sauf s’il fait vraiment trop chaud. Je souffre d’hyperacousie, j’entends tout, j’entends trop, je n’arrive pas à éliminer les bruits parasites et à me focaliser sur un seul. Si la fenêtre est ouverte, j’entends l’oiseau, la moto qui passe, le bruit des feuilles, la sirène des policiers, la grille du portail, le bus…
Quand le vent souffle, il tente de s’engouffrer dans ma salle aux fenêtres fermées pas très hermétiquement. Il voudrait bien écouter mes cours, le vent, alors il fait tout ce qu’il peut, il essaie de s’infiltrer par la moindre petite ouverture, le moindre petit bout usé de joint caoutchouteux…

Dans ma salle ça fait prouououououttttt…

13 mai 2007

L'enfer, c'est mes autres

- On va regarder un film madame ?
- Oui, on va essayer en tout cas !
J’écris sur le tableau le nom du film et sa date de sortie.
- Oh non ! 1980 ! J’étais même pas né ! C’est encore  un film en noir et blanc j’parie !
- Il est pas mal, le lecteur DVD, justement, le mien est cassé !
- Ouais, il irait bien chez moi aussi.
- C’est moi qui l’ai vu en premier !
Le film commence.
- Pourquoi on le voit jamais le monstre ?
- On va le voir ou on le voit jamais ? !
- Madame, ça fait dix minutes que c’est commencé et on l’a pas vue la tête du monstre !
Elephant Man apparaît enfin.
- Madame ! Appuyez sur pause on n’a pas bien vu !
- Oouah ! C’est un bâtard !
- Il a la tête de ses morts !
- Son père, c’est un éléphant !
- T’es sûr ?
- Tu vois un monstre comme ça en face de toi, qu’est ce que tu fais ? Ben Raymond, lui, il l’emballe !
- Eh ! On dirait Arsène !
- Ta gueule Yolande !
- Arsène il a joué dans Elephant Man ! C’est les mêmes oreilles !
- Yolande j’vais te tuer !
C’est Arsène qui atterrit sur mon bureau. Les feuilles volent. Je me vois dans l’obligation de les exclure l’un et l’autre. Nicodème les accompagne et en profite au passage pour dérober la casquette de Nestor.
Le film continue, les acteurs jouent pour eux seuls, dans la salle de classe mes monstres à moi jouent à celui qui provoquera le plus vite l’autre. Mimile, injustement accusé du vol de la casquette prend des airs d’acteur dramatique et se lève en criant « enculés, j’vais tous vous briser ! ». Je me vois dans l’obligation d’intervenir avant que Mimile ne mette sa menace à exécution. C’est à ce moment que Nicomède revient, tout content de lui, s’assied puis feint de découvrir l’objet dérobé dans son cartable et le remet à Nestor qui n’est pas dupe mais qui laisse courir parce qu’il est intéressé par le film.
- Faut lui dégonfler la tête !
- Ouais, il te ressemble !
- Il a pas de dents !
- Comment il fait pour parler ? Il parle ?
- Ben il parle sans les dents !
- Madame, vous avez pas une cigarette ?
- On peut pas le comprendre ce film, il est trop en noir et blanc !
Voilà comment se clôt ma séquence sur « l’autre ». J’étais pleine de bons sentiments, au début,  la théorie est comprise, ils sont capables de dire que l’autre c’est aussi eux, ils comprennent que l’on peut être raciste de soi-même, que puisque l’autre c’est moi, haïr l’autre c’est aussi me haïr moi-même, mouais, toute la théorie, ça va…
Mais la pratique…
Comment peut-on aimer l’autre quand on n’a pas été aimé ou quand on ne s’aime pas soi-même ?
Et encore, je n’en demande pas tant. S’ils pouvaient juste ne pas se détester, ce serait déjà pas si mal.

04 mai 2007

Des chiffres

J'ai reçu un mail avec ce texte et je me suis dit qu'il serait bon de vous le communiquer. Le voilà :

Actuellement, le temps de travail d'un enseignant de collège ou de lycée est de 18 heures par semaine. C'est, pour les professeurs certifiés, le seul élément fixe et clair relatif au temps de travail qui leur est demandé. Il a été fixé par un décret datant de 1950.
Rendez-vous compte!
18 heures par semaines! Quel salarié ne voudrait pas travailler aussi  peu pour d'aussi bons salaires?
Comment le législateur a-t-il pu créer en 1950 un statut aussi avantageux?
En fait, ce temps a été conçu en prévoyant qu'un enseignant travaille  1,5 heures chez lui pour une heure devant élève afin de préparer ses cours, évaluer les élèves et actualiser ses connaissances dans sa discipline. Cela fait 18 fois 2,5 heures (1 devant les élèves et 1,5 à la maison), soit 45 heures hebdomadaires.
En effet, le temps de travail légal de l'époque s'il était légalement de 40 heures par semaine, était en réalité de environ 42 h par semaine, sur 50 semaines.
Mais que s'est-il passé depuis pour les enseignants? Rien! Alors que pour les autres salariés il y a eu la troisième semaine de congé payé en 1956, puis quatre en 1969. Les 40 heures réelles ont été atteintes au début des années 70 (elles étaient un droit depuis 1936).
Mais ça n'est pas fini: il y a eu les 39 heures et la cinquième semaine en 1982, puis les 35 heures en 2000. En somme le temps de travail hebdomadaire pour les salariés a baissé de 25 %. Mais les enseignants doivent toujours le même service.
C'est au moins un enseignant qui écrit cela vous dites-vous, en lecteur éclairé! Certes je l'avoue, je fais partie de ces privilégiés. Car, comment peut-on parler de temps de travail sans parler des vacances?
Eh bien justement, le législateur a tout prévu et cela de deux façons.
D'abord 45 heures dues quand les autres devaient 42, ça c'est pour les petites vacances (Toussaint, Noël...). Donc notre temps de travail était annualisé.
Mais, et les deux mois d'été alors? Là, c'est un tout petit peu plus compliqué. Certains enseignants ne le savent même pas, d'ailleurs. Cela se situe au niveau de la grille des salaires. Notre grille a été, elle aussi, fixée en 1950 au même niveau que les autres cadres de la fonction publique recrutés avec un concours au niveau bac + 3. Mais à cette grille, il nous a été retiré deux mois de salaires, puis le résultat a été divisé par 12. (Par exemple si un inspecteur des impôts est payé 2000 € par mois il recevra 24 000 € par an, alors que pour la même qualification, un enseignant recevra aussi 2000 Euros par mois mais sur 10 mois, soit 20 000 Euros par an. Cette somme est ensuite divisée par
12 et donne 1667 € par mois).
Eh oui, chers lecteurs, les enseignants ne sont pas payés pendant les grandes vacances.
Oui bon d'accord, peut-être que nous ne sommes pas si privilégiés que cela concernant le temps de travail. Mais côté salaires, quand même, nous ne sommes pas à plaindre!
Eh bien soit, comparons:
Nous sommes nettement en dessous de la moyenne des cadres du privé comme du public (qu'on nous prouve le contraire). Mais, à mes yeux, l'exemple le plus frappant de la dégradation de la valeur que la nation accorde à
ceux qui éduquent ses enfants est le suivant. Le salaire de départ d'un enseignant en 1970 était 2 fois supérieur au SMIC. Aujourd'hui, il n'est plus que 1,2 fois plus élevé. Autrement dit si comme le PS l'a écrit dans son projet le SMIC augmentera de 25 % au cours des cinq ans à venir (et l'UMP l'a augmenté au même rythme annuel dès cette année), un enseignant débutant gagnera moins que le SMIC. Faudra-t-il en arriver là pour que la société se rende compte de la dégradation de notre situation?
Alors oui le décret de 1950 est vieux! Il est vraiment temps de le toiletter comme le disent nos gouvernants! Mais dans quel sens? Est-ce en faisant en sorte que nous devions travailler plus pour gagner autant comme veut le faire M.de Robien? »
Laurent TARILLON, enseignant de sciences économiques et sociales à Grenoble

Je sais que ça fait souvent sourire quand je dis que je travaille trop, j'ai pourtant vraiment ce sentiment, mais qui, à part un autre prof, peut vraiment comprendre cela?
J'entends souvent que nous sommes bien payés, je n'ai pas non plus ce sentiment. Je ne me plains pas, ce n'est pas ma préoccupation première mais c'est important quand même. Avant d'être prof, je ne pensais pas que je serais obligée de me priver, je ne pensais pas que j'aurais du mal à finir certains mois, je ne pensais pas que je serais freinée à l'idée de faire un troisième enfant à cause de l'argent.
J’entends encore plus souvent que les profs ont trop de vacances, ou sur le ton de l’humour (HA ! Ha !) une phrase du genre « vous êtes tout le temps en vacances » ! J’en ai besoin de ces vacances, je défie quiconque profère ce genre d’imbécillités de tenir une semaine dans mon bahut sans être exténué, au mieux. Mais, à part un autre prof, qui peut vraiment comprendre cela ?

« Accueil  1  2  3   Page suivante »