21 juin 2008
Conversation ?
La sixième Cassis, vous savez, la meilleure classe de mon collège, la bilangue, celle qui écrit de jolis petits mots pendant mes cours et de magnifiques lettres d'excuse, elle m'étonne chaque jour un peu plus.
Ces enfants sont ingérables, gentils quand on les prend tout seuls, mais dès qu'ils sont ensemble, c'est fini. C'est le combat permanent pour obtenir un peu de silence et un peu de travail.
Volubilis, leur prof principal, remarque qu'un de ces gosses ne va vraiment pas bien.
Elle le convoque, discute avec lui puis décide d'appeler ses parents.
Voici ce que ça donne :
- Bonjour ! Je suis Madame Volubilis, le professeur principal de Maurice, il ne va pas très bien en ce moment, c'est la raison de mon appel. Est-ce que je pourrais vous voir pour qu'on puisse en discuter?
- Non.
- Ah... ça ne vous intéresse pas de savoir que Maurice ne va pas bien?
- Non.
- Ah... ça a au moins le mérite d'être clair...
- Ho... Ta gueule ! Tu me saoules !
Et il a raccroché...
18 juin 2008
Le devoir de témoigner
Il y a trois ans, quand j'ai ouvert ce blog, je me souviens avoir écrit ceci :
"Je voudrais juste que vous sachiez que ce blog n'est pas une sorte de
manifeste anti ZEP. Parfois, vous aurez ce sentiment et je peux le
comprendre. Sachez malgré tout que j'ai passé les plus beaux moments de
ma vie de professeur dans ce collège de ZEP. Oui, c'est difficile, oui,
on a souvent l'impression d'être abandonné par l'éducation nationale,
oui, on vit des situations qui devraient être inacceptables... Tout
cela est vrai, et c'est sûrement ce qui vous marquera le plus en lisant
ce que j'écris. Si je vous démoralise parfois, souvenez-vous alors que
je garde la tête haute, aussi haute que celle des élèves dont la misère
et la violence me sautent à la gueule. C'est ici, peut-être, que je
suis un peu UTILE. Pas autant que je le voudrais, pas pour une
quelconque transmission des savoirs, non, juste pour montrer à des
mômes ce que c'est qu'un être HUMAIN."
Rien n'a changé. J'ai toujours et peut-être encore plus besoin de vous écrire ce que je vis dans ce collège.
Mais moins parce que ça me libère, cela fait trois ans maintenant que je vous laisse mes mots, ma raison essentielle d'écrire ce blog, maintenant, c'est de témoigner.
Oui, c'est un témoignage subjectif, il n'existe pas de témoignages objectifs, mais ce témoignage me semble nécessaire, je rêve un peu sans doute. Je me dis assez naïvement peut-être qu'il est possible que certains de mes lecteurs modifient leur jugement sur l'école, prennent conscience de situations insupportables ou pas, se mettent à réfléchir à un problème crucial de société qui devrait tous nous tenir à cœur.
Je ne publie pas de travaux d'élèves, je ne l'ai jamais fait.
J'ai peur de stigmatiser mes élèves, je n'en ai pas envie, ils ne le méritent pas.
Pas envie non plus que vous puissiez tirer des conclusions hâtives à partir d'une copie, une copie ne représentera jamais l'ensemble de mes élèves.
Je ne veux pas publier ici des mots qui ne sont destinés qu'à moi.
Ce soir, une première entorse.
Je voudrais vous expliquer pourquoi.
J'ai un ami qui lit ce blog depuis longtemps. Un jour, alors que j'étais en train de corriger des copies, je me suis dit que j'allais lui en envoyer une pour qu'il se rende compte. J'ai choisi volontairement la meilleure copie de ma meilleure classe.
Je crois que ça lui a fait un choc.
Je crois que cette copie parlait plus que tout ce que j'ai pu écrire, elle disait une réalité, tangible.
Ce n'est pas une copie d'élève que je publie ce soir.
C'est ce petit mot, enfin, une partie du petit mot, le reste est à l'avenant, ce petit mot que j'ai pris à un élève parce que j'en avais assez de le voir circuler dans toute la classe. D'habitude, quand c'est discret, je ferme les yeux, j'ai été élève moi aussi...
Le petit mot et puis la lettre d'excuse, rédigée par un élève au nom de toute la classe.
Voilà. Je termine en précisant que cette classe est censée être la meilleure de mon collège.
07 juin 2008
Cadeau de fin d'année
Quoi ? Vous plaisantez sans doute ?
La fin de l’année ? Déjà ?
Déjà…
Petit mot rédigé par un sixième Framboise pour remercier Madame N. qui nous a fait visiter le Père Lachèvre.
Première ébauche, je rassure la foule de mes lecteurs, ce n’est pas cette version que nous lui enverrons.
Perles vivantes, perles d’oral :
Angelin : Zut ! J’ai oublié de prendre mon texte !
Moi : Alors, Angelin, tu as oublié ton texte ?
Angelin : Ben ! Comment vous le savez ?
Moi : Tu viens de le dire !
Angelin : Ah bon ? !!!!
« Madame, ils sont fous les boudhistiques, ils croient à une statue qui parle ! »
De quel journal est extrait ce texte ?
« Le Parisien haut de seins »
« La mère à Arthur, elle boit le Graal et après elle devient toute rouge parce qu’il était périmé le sang ! »
- Madame, la Bible là, c’est tout piqué au Coran !
- Ah ! Toujours pas compris alors ? Le Coran, il a été rédigé bien après, ce n’est pas possible que la bible ait été influencée par le Coran puisqu’il est postérieur à sa rédaction !
- Postérieur ?
- Hum… Bien, regarde le tableau, je vais te dessiner une échelle du temps. Là, tu vois, c’est moins 1200 ans avant J.C., c’est là que la Bible commence à être écrite, là, c’est la naissance du Christ, et là, 200 ans après sa naissance. C’est bon ça ?
- Euh… oui.
- Bien, alors la Bible, elle a été composée de – 1200 à + 200, là, je te le souligne, tu suis toujours ?
- Oui.
- Ça fait combien d’années cet intervalle ?
- Ça fait – 1000 ans
- Ah… Bon. On va essayer plus simple. Imagine qu’il y a un monsieur qui est né en – 40 avant Jésus-Christ, et puis il est mort en 40 après Jésus-Christ. A quel âge est-il mort?
- Facile Madame ! A zéro an !
- Hum… On est en quel siècle là ?
- 23ème siècle !
- Bien, bien, bien… Prenez vos cahiers de math.
Perles de C.F.G.
Le sujet d’expression était le suivant : Vous devez convaincre un ami que le portable est un objet inutile.
Je recopie ici, l’intégralité de deux réponses, la première n'est pas vraiment une perle, c'est juste une indication, pour vous, de ce que peut faire un gosse de seize ans qui passe le CFG , pas le meilleur, c'est vrai, mais pas le pire du tout hélas, la seconde a le mérite d'être drôle.
« Le tiliphone portabole a boucoup de inutile. Ils fait male aux ourielle tu peu devenir soure avec la music et le scenerei et tu traville pas bien a l’ecole parce que tu panse rien aux portabole tu père de l’argenite chaque foi pour les recharge de l’ectricit pour charge la batri. »
« N’achete pas ce téléphone cousin il y a une bombe a retardement des que le téléphone sonne il explose. N’e l’achete pas mois je te le dis parce que tu est mon amie et en plus quand tu l’achete il te dire sa mais en vérité il t’active la bombe. »
Trois perles d’écrit
Ces enfants sont des poètes…
Merci à eux de m’avoir fait découvrir « le chant de vision », « les peaux de fleurs », ou « l’étoile d’araignée ».
06 mai 2008
Le Père La Chèvre (petit apéritif pour patienter en attendant l'épisode deux)
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29 avril 2008
Reprise des hostilités
Le bruit, comme une claque dans la gueule après le silence des vacances.
Des enfants surexcités par le voyage à venir, ça y est, nous partons demain pour la capitale. Je suis heureuse pour eux, un peu nerveuse aussi, j'aimerais que tout se passe bien et je ne peux pas tout contrôler.
Ils ont des sourires jusqu'aux oreilles, ils partent enfin, ils quittent leur quartier. Sur 20, deux ont déjà pris le train, 1 est allé à Paris une journée, 16 n'ont jamais quitté leur ville natale. Ils regardent la plus haute tour de la cité et me demandent si elle est plus haute que celle d'Eiffel. Ils vont être surpris...
Cet après-midi, cours avec la classe de troisième Myrtille. Il doivent recopier le nom de deux villes portuaires. Au tableau, ça donne : " 2 viles protuaires sot : Tuoluose et Nanetes". Bien... Je vois qu'il y a encore du boulot mais pourquoi s'inquiéter, ils sont en troisième, ils ont seize ans, l'an prochain ils seront lâchés dans la nature...
Un peu plus tard, on étudie un tract de 1912 : "L'étranglement du repos hebdomadaire". Trois mots incompréhensibles pour eux. J'explique donc. Pour le mot étranglement, je passe par le verbe étrangler et leur demande sa signification. Pas de réponse. J'essaie à nouveau, surtout ne pas baisser les bras.
Une petite voix soudain : " Etrangler, madame, ça veut dire habiter en Angleterre je crois..."
13 avril 2008
Devoirs de vacances
Voici quelques liens vers des articles que j’ai trouvés cette année (scolaire) particulièrement pertinents, amusants, touchants, tendres, bouleversants...
Bonnes lectures !
Buissonner, chez Samantdi :
« Considérer les enseignants comme des personnels dont il faut absolument améliorer la productivité met à mal tout ce qui était fait gratuitement. »
Le prof idéal, chez prof anonyme :
« Le prof idéal laisse les élèves découvrir le support pédagogique et sollicite leurs réactions. »
Le mystère des colles, chez Eluise :
« Je sais combien c'est fâcheux de venir un mercredi en colle. Mais tu vois, maintenant je suis sûre que tu ne recommenceras plus, parce que tu as compris qu'à toute déviance correspond une sanction... »
Tu ne les sauveras pas tous, chez Clochette :
""De toute façon madame, tout le monde s'en fout de nous." On leur a dit tant de fois qu'ils n'étaient bons qu'à guetter en bas de leurs tours, qu'ils ont fini par le croire."
Peanuts et rognures d’ongles, chez le CPE :
Le dispositif d'aide aux devoirs qui se veut égalitaire et est sensé donner à tous les moyens de réussir à l'école bat de l'aile sérieusement.
Auriez-vous osé, chez Mimi je rêve :
Consigne : complète les mots avec les lettres M ou N.
Une déclaration commune d'enseignants en EP1 "ambition réussite", sur le blog quinze plus trois .
Sélim et Brice chez Doc-Doc :
«Sélim est en colère. Son stage s'est très bien passé, il a appris des choses et son patron était content de lui. »
Comment reconnaître un enseignant, chez Catherine :
Tes propres enfants lèvent la main pour parler à l’heure du souper.
Que fais-je ici, chez Lucinette :
« J'ai voulu faire ce métier pour procurer du plaisir aux gens, parce que l'école m'amusait, en ne sachant pas que l'école est le plus souvent douleur pour ces petits et grands bouts, qui luttent contre les mots, en ignorant que l'école souvent vous montre que vous êtes nuls, que vous ne valez rien »
Du bon usage du chameau, chez Charly le prof :
"Bon, il a surtout parlé de la drogue qu’on fume et il en a parlé pendant une demi-heure sans s’interrompre, mais pour résumer, il a dit que le haschich venait surtout du Maroc, que c’était pas bien, pas le Maroc, le haschich, et surtout, que c’était très interdit chez nous."
La DHG ou la mort programmée de la pédagogie, chez le professeur Carbure :
« la DHG c’est, pour faire simple, le nombre d’heures profs que le recteur accorde à un lycée pour assurer les formations maintenues dans l’établissement scolaire »
Tous à noter ? Dépêchez-vous !, chez Jérôme
« La mode des sites commerciaux permettant une «évaluation» anonyme de professionnels, cités eux nominativement, se développe. »
Ô rage, ô désespoir..., chez Sifi :
"Dans nos attributions de professeur de français, il y a la récitation."
Peur de rien blues, chez BBK.Mel :
« J’ai une petite classe bien tranquille »
Rousseau contre Sarko, chez Tietie007 :
«On ne naît pas homme ...on le devient ! »
A question idiote…, chez mamanCélib :
« Madaaaaaaameeeeee, on écrit ce que vous avez écrit sur le tableau ? »
Corriger n'importe où nuit gravement à l'équilibre du professeur, chez Ada :
"L’hyperpuissance des Etats-Unis se voit aussi dans le succès de son cinéma», explique mon élève Adil dans sa copie d’histoire."
Afin que meurent les rêves d’enfant, chez Bruno :
"Après tout, il faut qu’ils en bavent, les enfants. Il n’y a pas de
raison qu’ils soient encore les seuls sur terre à vivre dans un monde
un peu préservé."
02 avril 2008
L'arbre à souhaits, encore
"Je voudré allé a Disneyland
et être un telligent."
(c'est pas gagné...)
15 février 2008
Education Bling-Bling
Je suis en colère ce soir, en colère contre les beaux effets d'annonces, les promesses qui n'ont pas été tenues, à cause de ces "orphelins de 16 heures" qui restent des "orphelins de 16 heures" parce que les heures ne sont pas payées contrairement à ce que j’entends dans les beaux discours officiels...En colère à cause de ce que j'ai entendu ce soir et hier.
Education Bling-Bling… Tout dans l’apparence…
Voici une partie du discours de Monsieur Sarkozy prononcé aujourd’hui à Périgueux. Je ne suis pas prof des écoles mais il y a des choses qui me font bondir. Vous les trouverez telles quelles, sans doute un peu rapides, sans vraiment de recul mais il fallait que ça sorte. Tout n’est pas mauvais, loin de là mais c’est entouré de telles absurdités ou de tels mensonges que je reste particulièrement méfiante. Le retour de l'autorité, le culte du drapeau, se lever en entendant l'hymne national... Y'a comme un mauvais relent. Un beau projet, dans des mains sournoises, peut aboutir au pire… Je me souviens que quand j’ai entendu Jospin dire qu’il voulait que 80 pour cent d’une classe d’âge aille jusqu’au bac, j’ai trouvé l’idée géniale et tellement généreuse…
Discours de M. le Président de la République
Périgueux – Vendredi 15 février 2008
Certes, il faut bien du métier et du talent pour faire classe aux enfants de France, qui ne sont pas toujours de charmantes têtes blondes ! (Dois-je faire un commentaire ? Non, ce serait du vice sans doute.) Nous savons que la diversité même de la nation, l’affaiblissement de l’autorité des parents, les difficultés de tous les jours que les élèves peuvent rencontrer en dehors de l’école, rendent complexe l’exercice par les professeurs de leur mission.
La vérité, nous la connaissons aujourd’hui : pour les élèves qui sont à la peine, le collège n’est souvent que le révélateur de difficultés plus anciennes, de lacunes qui datent des premières années de l’école élémentaire et notamment du Cours Préparatoire. (Exact ! enfin, on le reconnaît et je m’en réjouis.)
Au delà de ces 24 heures obligatoires pour tous les élèves, nous offrirons donc, dès septembre prochain, dans toutes les classes de l’école primaire, 2 heures de plus en petits groupes aux élèves les plus en difficulté. On se donne enfin les moyens de traiter le problème de l’échec à la racine et de proposer à chaque élève une pédagogie personnalisée. (Bel effet d’annonce mais ces heures seront-elles payées ? ! ! Dans tous les collèges Ambition réussite que je connais et contrairement à ce qui avait été annoncé et redit par M. Darcos dans son discours du 14 février(voir le discours), les heures ont été supprimées faute de moyens pour payer le personnel non enseignant. Certains intervenants n’ont pas été payés, tout ce qui a été mis en place vient d’être balayé…)
Parallèlement, nous allons doter notre école primaire d’un véritable système d’évaluation permettant d’identifier rapidement les difficultés et de promouvoir les solutions qui marchent. (Ces évaluations fonctionnent déjà et depuis longtemps, les résultats, les résultats, les résultats, l’école serait-elle une entreprise ?) Deux évaluations nationales témoins seront créées, qui serviront à mesurer chaque année les acquis des élèves au CE1 et au CM2. Les résultats, encore les résultats, toujours les résultats, voilà les seuls et véritables juges de paix qui doivent guider les choix dans ce domaine.(sans commentaire)
Mais la réorganisation du temps scolaire et le renforcement de l’évaluation ne sont encore que des moyens : ils doivent être mis au service d’un véritable projet éducatif. Ce projet éducatif, il vise chaque élève, mais il est aussi le projet de la nation toute entière, le projet que la nation choisit de mettre en œuvre pour sa jeunesse. Le projet éducatif, c’est un projet de transmission qui porte sur des valeurs, sur des contenus, sur des connaissances. Le projet éducatif de la nation se matérialise dans des programmes d’enseignement. C’est sur eux que je voudrais m’attarder maintenant. les programmes scolaires sont un sujet politique et non technocratique. (Hélas ! Je le vois bien le futur citoyen bien poli qui marche au pas, qui consomme, qui connaît le marché et est préparé dès son enfance à accepter qu’il sera sous payé, qu’il devra toujours travailler plus, qu’il a bien de la chance de vivre dans notre beau pays quand ailleurs on crève, que ce serait pas mal qu’il ferme sa gueule vu que ce qu’on veut c’est pas qu’il pense mais qu’il produise en silence… )
J’ai voulu que la République se saisisse à nouveau de ce sujet capital que sont les programmes scolaires.
J’ai voulu une chose plus simple encore : que ces programmes servent à améliorer le niveau scolaire de nos enfants ! (Bien joué ! C’est les parents qui vont être contents !)
Les nouveaux programmes de l’école primaire présenteront en quelques pages, dans un langage évitant tout jargon, (surtout, pas de jargon, simple, simple, toujours viser la simplicité on n’est pas là pour faire dans la nuance) l’ensemble d’un cursus disciplinaire désormais recentré sur le français et les mathématiques. Ils donneront la priorité absolue à la maîtrise de la langue. Le vocabulaire, qui est un instrument de liberté ; l’orthographe, par quoi notre langue se tient debout ; la grammaire, qui est le commencement de toute pensée : toutes ces nobles disciplines sont enfin mises, ou remises, à l’honneur. (Remises, elles ont toujours été enseignées, nous sommes même plusieurs profs «rebelles» à les enseigner presque en cachette !)
Nous voulons que l’enfant apprenne. (Bien joué !)
En mathématiques, le programme est tout aussi simple et ambitieux. (Ah… La simplicité…) Les automatismes en calcul seront créés aussi tôt que possible grâce notamment à la pratique régulière du calcul mental. Les programmes privilégient en outre la résolution de problèmes liés à la vie courante. (Très important la vie courante, on n’oublie pas : c’est un programme PO-LI-TIQUE ! Comme ce sera bien d’avoir enfin des gosses qui savent parler correctement et faire de simples calculs, quelle belle main d’œuvre, formée juste ce qu'il faut !)
De façon générale, dans toutes les disciplines, l’accent est mis sur la mémorisation de connaissances et de compétences clairement identifiées, dont on pourra facilement vérifier l’acquisition (c’est bien connu, on peut facilement vérifier les connaissances et les compétences ! Orthographe : 5.123, grammaire : 6.258 et vocabulaire : 4.587… Des résultats, des résultats, toujours des résultats ! )
Dans le monde d’aujourd’hui comme dans celui d’hier, l’affirmation des valeurs morales, l’énonciation de règles de comportements applicables à tous, sont une absolue nécessité.
Cette instruction civique et morale prévoit notamment l’apprentissage des règles de politesse (c’est toujours bien connu, les élèves ne sont pas polis et les professeurs les laissent faire, ils supportent stoïquement, ce sont des héros de la nation !), la connaissance et le respect des valeurs et des emblèmes de la République française : le drapeau tricolore, Marianne, l’hymne national – à l’écoute duquel ils devront se lever.(pincez-moi, je rêve ! On peut commencer tout de suite à faire nos cours en anglais, ça ira plus vite… Je ne me lèverai jamais pour un hymne dont les paroles sont si honteuses ! Entendons-nous bien : il est évident qu'en tant qu'enseignante je me dois d'expliquer ces symboles, qu'il est important que les enfants comprennent leur sens, leur passé. J'ai toujours détesté les drapeaux et les hymnes mais je reste persuadée que les élèves doivent apprendre à connaître et à respecter ce qu'ils représentent. Je refuse pour autant de tomber dans un patriotisme de pacotille - un patriotisme bling-bling?- : être français, être citoyen ce n'est surtout pas réclamer "qu'un sang impur abreuve nos sillons") Ouverte sur le monde et la cité, cet enseignement présentera également, pour les plus grands, les règles élémentaires d’organisation de la vie publique et de la démocratie : le refus des discriminations de toute nature, la démocratie représentative, l’élaboration de la loi et son exécution, les enjeux de la solidarité nationale… C’est dans ce cadre que s’inscrira l’initiation des enfants au drame de la Shoah en leur confiant la mémoire d’un des 11 000 enfants victimes de cette tragédie. (c’est méconnaître profondément la psychologie d’un enfant de dix ans que de proposer un tel "parrainage". Bien sûr qu’il y a un devoir de mémoire, bien sûr qu’il faut sensibiliser les enfants mais, pitié, pas n’importe comment ! On pourrait peut-être aussi leur demander de porter une étoile jaune, non ? Elle est belle l’éducation BLING-BLING ! ) Il s’agit d’une démarche contre tous les racismes, contre toutes les discriminations, contre toutes les barbaries, à partir de ce qui touche les enfants, c’est-à-dire une histoire d’enfants qui avait leur âge.
Et puisqu’il est question d’autorité, il n’est plus possible d’escamoter la question de l’autorité au sein de l’école. Ce qui doit être au centre de la classe, ce n’est pas l’élève qui a tout à apprendre et ne peut pas être le producteur des connaissances qu’il doit acquérir. Ce n’est donc pas lui qui peut faire autorité. Il faut remettre les choses à l’endroit : c’est le savoir qui doit être au centre de la classe, donc le professeur qui en est le dépositaire et le transmetteur qui doit faire autorité. (MERCI ! Entièrement d’accord !)
Mesdames et Messieurs, j’ai parlé, il y a quelques semaines, de « politique de civilisation ». (pff...)
Vous le voyez, cette notion revêt un sens très concret.Elle consiste à rappeler ce que nous n’aurions jamais dû oublier, à savoir que la plus haute mission de la politique est de déterminer les conditions du vivre-ensemble. (Vivre ensemble, oui, mais pas à n’importe quelles conditions…)
« Le peuple n’a pas de pain ?
Qu’on lui donne de la brioche ! » …
14 février 2008
Base élèves
Si vous le souhaitez, vous pouvez signer la pétition en cliquant sur ce lien
" NOS ENFANTS SONT FICHÉS, ON NE S’EN FICHE PAS !
LES SIGNATAIRES DE CETTE PÉTITION NATIONALE RÉCLAMENT LA SUPPRESSION IMMÉDIATE DE BASE ÉLÈVES
Bientôt, tous les enfants en âge d’être scolarisés qui résident en France seront fichés dans le système Base élèves 1er degré. Elaboré en l’absence de tout débat démocratique sur sa finalité, son fonctionnement, ses possibilités de croisement avec d’autres fichiers (police, justice,…), il est en voie de généralisation sur tout le territoire, après une simple déclaration à la Cnil le 24 décembre 2004. Sa mise en place rencontre de fortes oppositions de la part de parents d’élèves – mais nombre d’entre eux ignorent jusqu’à son existence –, d’enseignants, d’associations et d’élus. Des conseils municipaux se sont prononcés contre ce fichage, des parents le refusent, des directeurs d’école sont opposés ou réticents (ils sont alors soumis à de fortes pressions de leur hiérarchie)… mais rien ne semble pouvoir arrêter une administration qui minimise les dangers du système.
Des informations sur les enfants et leurs familles qui, jusqu’à présent, ne sortaient pas de l’école, deviennent partiellement accessibles aux maires, et remontent jusqu’à l’échelon académique, et même au niveau national avec un identifiant. Ces données transitent via Internet. Personne n’a oublié le scandale de juin 2007 qui a mis en évidence l’absence de sécurisation – tout un chacun pouvant avoir accès aux données personnelles des enfants et de leurs familles.
La plupart des données individuelles nominatives seront conservées quinze ans. La finalité affichée du traitement est d’« apporter une aide à la gestion locale des élèves, assurer un suivi statistique des effectifs d’élèves et permettre un pilotage pédagogique et un suivi des parcours scolaires ».
Mais dans la mesure où il va ficher tous les enfants – y compris ceux qui sont scolarisés dans leur famille – l’une des utilisations vraisemblables de ce système se trouve dans la Loi de prévention de la délinquance du 5 mars 2007. Cette loi place le maire « au centre de la politique de prévention » avec de nouveaux pouvoirs, en le faisant notamment bénéficier de la notion de « secret partagé » avec différents acteurs sociaux. Les enseignants sont associés à ce dispositif de contrôle social : l’article 12 de la loi modifie le Code de l’Education en précisant que les établissements scolaires « participent à la prévention de la délinquance ». Base élèves se situe donc dans la droite ligne du rapport Benisti qui, pour prévenir « les comportements déviants », préconise la détection précoce des troubles comportementaux infantiles dès la crèche…
Sous la pression d’un mouvement de protestation de parents d’élèves, d’enseignants et d’organisations de défense des droits de l’Homme, le ministère a annoncé le 5 octobre 2007 la suppression des champs relatifs à la nationalité – tout en maintenant le lieu de naissance.
Pour l’enfant, individu en devenir, toute information sortie de son contexte peut être source de discrimination. Confier autant de données personnelles à une administration qui pourra les faire circuler par Internet et les utiliser à des fins qui ne sont pas précisées, nous semble dépasser ce qui peut légitimement être exigé des familles. L’école doit rester un lieu protégé, un lieu où l’enfant doit pouvoir se développer sans être enfermé dans son passé.
Convaincus que les libertés individuelles sont trop importantes pour être abandonnées au bon vouloir des gouvernements et des administrations, nous demandons la suppression définitive du système Base élèves et des données déjà collectées."
13 février 2008
Vus !
Miril est assis bien sagement, tout seul, au deuxième rang, sur ma gauche.
Barnabé est assis bien sagement, tout seul, au dernier rang, sur ma droite.
On dirait de vrais petits anges, des élèves modèles.
Ils commencent la danse du serpent.
J’écris la leçon au tableau.
Le silence est inquiétant.
Lorsque je me retourne, sans prévenir,
Leurs têtes dodelinent en cadence.
On dirait qu’ils disent oui à ce que je dis,
On dirait qu’ils suivent le cours le plus passionnant de leur vie.
Méfiance…
J’écris la leçon au tableau
Deux mots, à peine,
Je me retourne vivement
Tous copient
Sauf deux élèves :
Miril et Barnabé.
Miril à gauche, Barnabé à droite,
Deux beaux profils,
Les joues gonflées,
Le stylo sarbacane encore à la bouche.
Ils n’entendent plus le bruit de la craie sur le tableau,
Ils se retournent, inquiets…
Ah ! Quelle est dure la loi de la jungle !




