journal de ZEP

journal d'une enseignante dans un collège dit "difficile"...

08 novembre 2008

Oui-Oui se fait la malle

Je n’ai jamais aimé le mot fin, alors je ne le dirai pas.
J’ai dit beaucoup, mes joies, mes fiertés, mes colères, ma honte aussi.
Ma rage.
Le dire encore serait répéter, je n’en ai plus le courage.
Je n’en vois plus le sens.
Dans un collège perdu de France, là où les ministres et les journalistes n’ont jamais mis les pieds, des adultes essaient de transmettre quelque chose qui ne se mesure pas à des élèves qui sont des enfants.

Des enfants que j’aime.

 

L'ascenseur pour l'évasion

    Dans le fond de ma classe, une armoire grise en fer.
  Dans l’armoire grise en fer, des livres, des manuels, des cahiers, des photocopies, des classeurs de cours, des affiches usées, d’anciens exposés, des feutres colorés, des objets trouvés attendant leurs propriétaires, scotchées aux parois les photos d’un calendrier Tahitien de l’année 1998 et puis des dictionnaires. Vingt vieux dictionnaires, des frères, tous pareils et tous différents.
    Certains survivent mieux que d’autres. Ils ont presque fière allure et dénotent un peu. Ce sont ceux qui partent les premiers.
    D’autres, moins chanceux, font peine à voir avec leurs couvertures chancelantes, leurs pages cornées, leurs tranches graphitées… C’est la page 347 qui a le plus de succès, celle qui montre le schéma du corps humain, sans les vêtements, comme disent mes élèves. Le plus souvent, elle est recouverte d’annotations subtiles visant la plupart à baptiser les corps féminin et masculin. « Venez voir madame ! Gertrude elle est toute nue dans le dictionnaire ! » La première fois qu’ils ont le droit d’aller chercher le dictionnaire pour y trouver des définitions, je les vois se plonger dedans, fascinés, attirés comme des aimants par la page 347 ! Certains, de peur d’être surpris dans leur contemplation, cachent l’objet du délit sur leurs genoux mais ils ne peuvent dissimuler leur regard perplexe, amusé, gêné…
Comme ils sont surpris d’avoir sous les yeux un livre dans lequel on peut trouver des corps nus ! Et ce n’est même pas interdit ! Il suffit d’aller chercher une définition et de passer incidemment par la page 347 !
D’autres pages ont leurs fans inconditionnels, celle des drapeaux, celle des pays, celle des animaux, celle des oiseaux, celle des dauphins.
Curieusement, la page « cancre » ne trouve pas d’amateurs..
  Ils ne savent pas à quel point ils me font plaisir quand ils voyagent ainsi dans les pages du dictionnaire. Quel bonheur de les observer en pleine fuite.
    Le dictionnaire, l’ascenseur pour l’évasion.
  Aujourd’hui, ils doivent trouver les définitions de plusieurs mots appartenant au vocabulaire de l’espace et du temps pour réussir à faire leurs exercices. Ils travaillent dans une relative autonomie ce qui veut dire qu’ils passent leur temps à venir me voir à mon bureau pour que j’explique à nouveau les consignes :
- Madame ? C’est l’exercice trois qu’il faut faire ?
- Qu’est-ce que tu as écrit sur ton cahier ?
- Euh… Exercice trois !
- Bien !
- Mais c’est quelle page madame ?
- Qu’est-ce que tu as écrit sur ton cahier ?
- Après exercice trois ?
- Oui…
- Euh… Exercice trois page 238 madame !
- Bien !
- Mais, j’ai presque fini ma page là, comment je fais ?
- Tu tournes la page !
- Madame, c’est pas grave si j’écris en noir, mon stylo bleu il a plus d’encre ?
- Non…
- Qu’est-ce qu’on fait quand on a fini l’exercice trois madame ?
- Tu as fini ? !
- Oui !
- Tu as répondu à toutes les questions ?
- Il y a plusieurs questions ? Ah oui ! J’avais pas vu !
- Hein ! Y’a plusieurs questions madame ?
- Dis donc, Barnabé, ton exercice, tu crois qu’il va se faire tout seul ? !
- Madame, j’ai pas compris ce qu’il faut faire ! Vous pouvez venir m’expliquer ?
    Bref, ils travaillent donc dans une autonomie toute relative !
Pendant que je passe de l’un à l’autre, que je tente de gérer les bavardages, que je règle les problèmes d’intendance du cahier et des stylos de différentes couleurs, j’aperçois à plusieurs reprises Marcel se diriger vers mon armoire en fer, prendre un dictionnaire, le consulter, le ramener puis en prendre un autre. J’observe son manège et me rends compte qu’il passe en revue méthodiquement les vingt exemplaires de la série.
Intriguée, je finis par lui demander une explication.
- Madame, je cherche le mot «fugitif», il est dans aucun dictionnaire pour le moment !
- Il t’en reste combien ?
- Cinq madame !
- Bon courage…
- Merci madame !

Du courage, il va nous en falloir, je crois…

    Surtout, ne jamais oublier que ce sont encore des enfants.
Dans le fond de ma classe, une armoire grise.
Dans l’armoire grise, vingt dictionnaires en deuil.
Vingt « fugitif » se sont faits la malle…


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26 octobre 2008

Trois ans plus tard, qu'est-ce qui a changé?

Une fois n'est pas coutume, je publie là un billet du 5 novembre 2005. Je n'en changerais hélas pas une seule ligne.

Et les braves gens de se demander pourquoi les banlieues brûlent…

     Je me souviens avoir défilé au milieu de banderoles sur lesquelles était inscrit : "L’école n’est pas une marchandise". Je me souviens l’avoir scandé, moi qui suis si souvent muette pendant les manifestations. Je me souviens avoir espéré que l’on nous comprendrait ou au moins que l’on nous croirait. Je me souviens avoir entendu les informations le soir même : "Les professeurs manifestent pour la revalorisation de leurs salaires"…

     L’école est une marchandise.

     Quand t’as pas le sou, tu fais pas le difficile, tu vas au restau du cœur, tu prends ce qu’on te donne. Quand t’es né là où il faut, dans un centre ville bien propret, à l’abri de la racaille, tu vas chez Fauchon te délecter d’un sandwich (au foie gras), pour montrer que tu le comprends, toi aussi, le peuple. Les mômes qui vont dans mon bahut y prennent ce qu’ils peuvent. Un peu d’humanité, on n’est pas des chiens n’est-ce pas?, et des miettes de savoir. Et l’on s’étonne qu’ils aient encore faim ? Et l’on s’étonne qu’ils fassent la " fine bouche " ? Et l’on s’étonne qu’ils refusent de bouffer les restes qu’on veut bien leur donner ? Ah ! Les pauvres ne sont plus ce qu’ils étaient… Mais autrefois, les pauvres, ils pouvaient encore rêver à ce qu’on appelait " la promotion sociale par l’école ". Autrefois, mes parents pouvaient quitter leur condition de fils et fille d’ouvriers. Autrefois, les gosses croyaient les maîtres qui leur disaient : "si tu travailles bien à l’école, tu réussiras, tu iras loin !".

     L’école est une marchandise

     L’école est une marchandise et c’est moi qui la sert, le sourire aux lèvres. Pourquoi? Je ne peux pas cesser de leur donner à manger, je sais qu’ils ont faim, je fais ce que je peux pour leur servir de l’amélioré, du délicat, de l’exotique, presque. Je voudrais ne pas baisser les bras, ne pas démissionner, lutter de l’intérieur. Mais j’ai parfois tellement honte de moi dans mon uniforme de chez Mac Do…

     Imagine un instant que tu es né à Clichy Sous Bois ou dans n’importe quelle autre ville délaissée ou banlieue de France, là où les bus ne passent plus, là où le chômage dépasse les 25 pour 100. Imagine un peu ce qu’on te répond lorsque tu cherches un stage ou un boulot, que t’as mis tes plus beaux habits et que t’as dit " bonjour-monsieur-s’il vous plaît-monsieur" et que tu dois " avouer " de quel collège tu viens.

     Imagine un instant que tu vois passer Sarko sous les boucliers-valises en Kevlar, qu’il promet aux habitants de la cité de "les débarrasser des voyous" et "de la racaille", et promet encore de "nettoyer au Kärcher" la Cité des 4000 et toutes celles qui y ressemblent. Sarkozy à Argenteuil qui lève la tête et lance: "Madame, je vais nettoyer tout ça ! "…

     Imagine un instant que tu es né là-bas. Imagine un instant qu’il n’y a pas d’avenir pour toi dans ces lieux et que tu n’as pas l’argent qu’il faudrait pour acheter une jolie maison avec le jardin et les roses qui vont bien, en plein centre ville. Imagine que tes parents ne peuvent pas s’installer près du lycée Henri IV ! Imagine que tu n’as plus aucun espoir, que tu as parfaitement compris que le bac de ton bahut, si tu vas jusque là, ne sera jamais le même que celui qu’auront les enfants des élites.

     Imagine un instant que tu n’en peux plus. Que tu n’en peux plus d’être humilié, d’être méprisé ! Que te reste-t-il pour te faire entendre d’une société qui est devenue sourde et aveugle ?

     Et c’est si beau, une ville qui brûle, la nuit…

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18 octobre 2008

Le temps de respirer

     Il est des moments où la furie et la folie sont tellement proches qu’on ne sait pas toujours de quel côté on va basculer.
Jusqu’ici, j’ai toujours su me ressaisir à temps.
     Ce matin, cours avec les sixièmes Achtung. Seuls neuf d’entre eux sont là. Les autres sont au second étage, ils m’attendent devant ma salle habituelle car ils ont oublié que le vendredi ils m’ont au premier. J’entends des cris en haut, je me doute que c’est mes monstres, je sors dans le couloir. Ils sont quatre profs plus le CPE à tenter de les juguler, je m’apprête à aller leur prêter main forte pour ramener mes ouailles mais j’entends des cris du côté de chez Zouaves. Je me précipite donc car j’ai malheureusement dû les laisser seuls.
     J’entre dans ma salle…
     Bob est juché sur une table qu’il fait plier de ses presque 80 kilos. Il balance sur le plafond tout ce qui passe à sa portée (il est leste le bougre !). Vestes, cahiers, trousses et calculatrices jonchent déjà le sol au grand dam de ces dames et en particulier de Mélodie 1 et 2 à qui appartiennent les objets sus cités.
Raymond, surprenant mon regard interloqué, a l’extrême courtoisie de m’expliquer tout en hurlant de toutes ses forces - il est en effet incapable de parler doucement même placé à deux centimètres de mon oreille-  qu’un insecte non encore identifié – mais très probablement une abeille ou un truc qui pique trop grave- a osé pénétrer dans la classe mais qu’heureusement Bob est en train de régler le problème.
Je brise la carrière de chevalier du valeureux  Bob en lui intimant l’ordre de redescendre sur terre. Il est atrocement vexé, j’en aurai la preuve odorante dans quelques instants hélas… Il fallait que je tombe sur un chevalier péteur, ce sont les pires… Mais qu’allais-je donc faire dans cette educalère ?
     Pendant que j’étais occupée à brimer les instincts guerriers de Bob, une rixe sauvage a soudain éclaté du côté de l’armoire. Je jette un œil sur le globe terrestre qui est perché dessus. Il est intact. Oh… me vient alors l’idée puissante de m’emparer de lui et de le fracasser sur le crâne des belligérants, oh que l’idée est tentante… Fripouille vient d’expliquer à Jeannot que si sa mère l’a laissé au foyer c’est parce qu’elle suce des b**** tous les soirs.
Forcément, Jeannot l’a mal pris…
     Barnabé, n’écoutant que son courage, est déjà sorti de la salle pour aller prévenir tous les élèves de toutes les classes du couloir qu’un événement intéressant est en train de se produire, mesdames et messieurs c’est par ici, demandez le programme…
     Henri hurle en riant, Isoline a pris son regard vitreux, elle a porté ses mains au visage et elle se balance de manière saccadée, d’avant en arrière, c’est là que Boris fait son entrée en me sautant presque littéralement dans les bras parce qu’il a eu une bonne note ou en tout cas c’est le prétexte qu’il me donne. Je note aussitôt qu’Alphidor qui le suit de très près, rougit violemment tout en lui lançant un regard noir. Alphidor est jaloux mais ne le répétez pas, il me fait des dessins à chaque heure, il pleure quand je lui rends une mauvaise note, et il passe des heures à entourer mon nom sur la page de garde de son cahier de jolis petits soleils… Hélas, je suis bien trop vieille pour lui, d’après Mélodie 2 qui semble être une experte en la matière, la vie est cruelle pour Alphidor !
     Le reste des petits mignons arrive enfin dans la salle accompagné de la CPE et de mon assistante (la pauvre !). La CPE embarque les deux jouteurs pour qu’ils s’expliquent et l’assistante repart avec Alphidor qui vient d’ouvrir la fenêtre pour lancer un joli glaviot. Hélas, il a raté la victime potentielle qui passait juste en dessous. Blessée seulement.
     C’était les cinq premières minutes de mon cours...

     Je me suis demandé si je n’allais pas quitter la salle, quitter l’établissement, j’ai même eu l’idée audacieuse et l’espace d’un instant follement réjouissante d’aller hurler ma rage à mon principal, envie de monter moi aussi sur la table et de hurler comme une démente que moi aussi j’existe, que moi aussi je ne supporte plus cette violence, cette haine, cette misère, ces faux semblants, ce désengagement de l’état et de la société.
    
     Je me suis assise sur le bord de l’estrade.
J’étais toute petite, à vingt centimètres du sol.
J’ai soufflé.
J’ai baissé la tête.
Quand je l’ai relevée, ils me regardaient tous, étonnés.
Ça a duré une ou deux secondes, à peine.
Le temps d’une respiration.
Et c’était tellement bon…

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13 octobre 2008

UNE RESTRUCTURATION DES ATELIERS

Dans la catégorie "chez les autres" vous trouverez des témoignages de collègues sur ce qu'ils vivent dans leur établissement. N'hésitez pas à l'alimenter que vous soyez prof, surveillant, A.P., C.P.E., agent, principal, et caetera... Cet espace est le vôtre, merci pour vos témoignages. Si vous souhaitez m'envoyer un témoignage (positif ou négatif le but n'étant pas forcément de dénoncer ce qui va mal mais de témoigner sur la vie d'un établissement) envoyez-moi un message en cliquant en haut à droite sur le lien "contactez l'auteur".
Merci à tous !

Voici le texte qu'a bien voulu m'écrire mon ami F. qui bosse dans un lycée en restructuration...

Dans mon lycée, Il y a une restructuration en cours. Elle a été décidée par l'ancien proviseur qui est en retraite maintenant (il avait tout prévu). Il s'agit de la création d'un nouveau bâtiment et de la modification de l'existant (pour le lycée technique et le lycée professionnel).
C'est du grand n'importe quoi :
Pour gagner une phase au niveau des travaux (encore une histoire de tunes) on a entassé quasiment tout le lycée technique et le lycée pro dans un bâtiment évidement trop petit pour accueillir tout ce monde.
Il a donc fallu déménager en juin dernier après les exams (attention : déménager un atelier, c'est pas rien...); avec un chef des travaux qui a un gros, mais très gros problème au niveau des relations humaines (ce qui n'est pas son seul défaut il faut bien le reconnaître), ça a déjà fait quelques mécontents...
Enfin bref, du coup cette année on recommence dans les cartons.
Mais, comble de tout, les ateliers doivent RE déménager pour investir enfin les locaux définitifs (logique), et cela non pas en juin, en février !!! oui ! en cours d'année !
Donc en fait on ne déballe pas les cartons. C'est tout simple.
Pour ceux qui n'ont pas eu à changer de secteur, ils travaillent au milieu des marteaux piqueurs et de la poussière. Sereins et tranquilles.
Se rajoutent à ça tous les problèmes inhérents à un nouveau bâtiment :
- au début on nous a donné des badges qui ne marchaient pas.
D'ailleurs les élèves n'en ont toujours pas. On doit leur donner le nôtre pour qu'ils aillent à l'infirmerie, ou aux toilettes. Malheur à ceux qui arrivent en retard car ils doivent retourner à la vie scolaire (5 minutes de marche aller, 5 minutes de marche retour) pour qu'un surveillant revienne avec eux (eh oui : nous n'avons pas le téléphone) leur ouvrir la porte.
- tiens, à propos de toilettes, on n'en a pas (ça c'est pratique).Faut changer de bâtiment.
- pour le ménage, le nouveau revêtement est très joli mais les
chaussures y laissent des traces. Comme le sol est un peu granuleux, pour le nettoyer il faut une grosse machine comme dans les supermarchés. Y a juste à pousser les chaises, les tables, les établis, les machines et les systèmes pour pouvoir la passer. Après c'est nickel...
D'ailleurs c'est simple, comme il y a plus de surface à nettoyer, la région a supprimé un poste d'agent de service (logique non ?).
Ah ! On a un nouvel ingénieur pour s'occuper du réseau de l'établissement (j'exagère : un technicien. Pauvre gars, je le plains) parce que l'ancien qui était tip top s'est barré (il a trouvé un boulot ailleurs mieux payé pour moins de travail). Résultat des courses : Pronote recommence à marcher à la mi octobre (miraculus !).
On était revenu au temps des petits papiers pour les absences. Ça c'était rigolo.
Mais au début il n'y avait pas internet : ils étaient content au CDI et en salle d'info.
Ajoutez à ça un pro mou de chez mou qui favorise les élèves car les profs ont toujours tort et on aura une petite idée des conditions de travail optimales que nous avons en ce moment. C'est vrai qu'il y a de quoi se motiver. Si tout va bien la fin d'année devrait se dérouler dans la plus grande sérénité !
Ce week-end il y a eu une fuite d'eau. En arrivant ce matin dans le secteur de productique (là où y a les machines outils), les enseignants ont découvert 300 litres d'eau dans la salle.
Mais ce matin il y avait aussi les huiles : la nouvelle inspectrice est venue visiter le nouveau bâtiment avec le proviseur ; on attendait la venue du préfet, y avait la télé...
J'attends de voir les informations régionales ce soir, histoire de rigoler un peu devant ce nouveau fleuron de l'enseignement professionnel et technologique...

Posté par poutouland à 19:41 - Chez les autres - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

11 octobre 2008

15 journées

Le CPE a lancé un défi à ses lecteurs. Décrire la journée du 10 octobre, en particulier les tranches horaires 10h-13h, et 17h-20h.
Voici la liste des participants à ce défi.
Bbk-mel , Mebahel , Cpechou , AcharatEd , Axel , Garfield , Hergeloffeni , Stéphanie F., Crybabycry , Doc-DocPascale , Ange-étrange et Le CPE.
Bonnes lectures !

Je me lève, je ne me bouscule pas et pourtant je devrais ! C’est comme ça tous les matins, j’ai du mal à me lever, je crois bien que je suis née comme ça, même en vacances, je rechigne à quitter le lit.
Je suis devant ma glace, j’essaie de me composer un visage à la fois sévère et avenant, ce qui n’est pas une mince affaire. Avec la pince à épiler, je supprime les poils sur lesquels les schtroumpfs risqueraient de bloquer pendant des heures. A quoi peut parfois tenir la réussite d’un cours… Un poil au menton, une braguette ouverte, une bretelle de soutien-gorge qu’on devine et on en perd au moins la moitié…
J’avale mon thé accompagné de deux petits gâteaux à la cannelle en écoutant France inter et puis je saute dans ma voiture. Il me faut presque trente minutes pour atteindre mon collège, j’aime bien ce temps-là, c’est celui qu’il me faut pour me faire progressivement à cette idée, tout doucement…
J’arrive à la récréation de 10h30. Quelques schtroumpfs me saluent, je leur rends leur bonjour en souriant. Je crois bien que certains m’appellent madame politesse, tant mieux.
Premier réflexe : l’ouverture de mon casier. J’y découvre une assiette remplie à ras bord de pâtisseries de l’Aïd. Un gamin les a déposés à mon attention hier soir. C’est tellement mignon…
Mes collègues sont en train de boire leur café, je me mêle à leur discussion en prenant bien  soin de fuir ceux qui parlent des élèves, j’aime pouvoir commencer la journée en douceur. L’un d’entre eux explique comment il a perdu 1500 euros mercredi matin en répondant France Inter à la question suivante : quelle est votre radio préférée ?
Je passe pour une extra-terrestre quand je leur révèle qu’on m’a posé la même question il y a quelques années et que, connaissant la réponse attendue, j'ai malgré tout répondu France Inter. On ne m’achète pas.
La sonnerie retentit.
Je vais chercher mes élèves, les sixièmes Achtung. Dix minutes avant de réussir à les faire ranger deux par deux en rang dans la cour. Il faudra l’intervention du principal adjoint pour y arriver. Cette classe est désespérante.
Il faut ensuite tenir une heure trente. C’est difficile. Insupportable par moments. Certains sont incapables de rester concentrés plus de cinq minutes ce qui est déjà un miracle. Nous corrigeons un contrôle que je leur rends. Curieusement, l’un d’entre eux se met à pleurer à cause de sa note. Je ne m’attendais pas à ça venant d’un petit loulou dans son genre. Il veut absolument refaire l’évaluation. Je lui propose de la refaire la semaine prochaine. Il continue à pleurer au milieu du vacarme ambiant. Si seulement ils pouvaient s’arrêter, juste un peu, ne plus avoir à menacer, à punir, à réclamer le silence cent fois, mille fois. J’aimerais pouvoir en rire, je ne le peux pas.
C’est avec soulagement que j’accueille la fin du cours. Une fripouille reste en classe avec moi, un peu plus longtemps, il n’a pas eu le temps de copier la leçon qui est au tableau. Il en est hélas incapable, ça fait une heure qu’il s’escrime sur dix mots. Je le laisse partir, je lui donne le week-end pour le recopier sur le cahier de son copain. Une heure trente de cours, dix lignes dans le cahier, un élève qui passe à l’oral dans l’indifférence générale, des cris, des objets lancés, des enfants, oh, comment dire tout cela que j’ai déjà dit. De pauvres gosses, ascolaires, déconnectés, azimutés, tellement loin de moi, de l’école, de la société.
Il y a tant à faire et nous pouvons si peu.
Il est midi trente, un de nos assistants pédagogiques offre l’apéro en salle des profs pour fêter son départ. Quand on lui demande ce qu’il retiendra de son séjour parmi nous, il répond en souriant « je sais maintenant que je n’aurai jamais d’enfants ». Il plaisante. A moitié seulement.
Je déjeune d’un sandwich, pas envie d’aller à la cantine retrouver un monde que j’ai chaque jour un peu plus envie de fuir. Je lutte depuis ce matin pour ne pas repartir, envie de tout laisser tomber, de cesser la comédie du prof.
Je remets le masque pourtant. Cours de 14 à 17 heures, sans problème particulier, ça fait du bien de travailler avec des élèves plus « classiques ». Je rends à Armand le touperouaire qui contenait jadis les petits gâteaux que sa mère avait préparés pour moi la semaine dernière, il me sourit, et en sort un autre de son sac, tout aussi gigantesque ! Miam ! Je sens que je vais me régaler ce week-end !
A la récré, deux anciennes élèves déboulent dans ma salle.
- Bonjour madame ! Vous faites toujours français ?
- Pas du tout ! Français c’était l’année dernière. Cette année je fais maths !
Mes élèves pouffent mais ils abondent dans mon sens.
Les schtroumpfettes ne se démontent pas :
- Dommage ! On aurait bien voulu vous avoir, nous, en maths ! Et pourquoi vous nous faites pas des cours de maths d’abord ?
- Parce que de temps en temps il faut que je dorme.
- Hin, hin, hin…
Elles s’en vont en ricanant. L’an dernier, en sixième, elles auraient pouffé. Mais ce sont des grandes maintenant !
Pendant la dernière heure, nous avons fait lecture, leur moment préféré, chaque jour ils me demandent avec espoir : «on fait lecture aujourd’hui madame ?», aujourd’hui enfin je réponds oui. «On va lire les orphelins ? Vous allez nous raconter la suite ?». Oui. La suite. Ils sourient, ils se passionnent, ils s’interrogent, ils m’interrogent, certains ont la larme à l’œil, d’autres font semblant de ne pas suivre mais je sais bien qu’ils n’en perdent pas une miette. Je pourrais presque n’être prof que pour ces moments-là.
Moments bénis…
A la fin de l’heure, trois petites restent pour bavarder. Elles sont venues me dire qu'elles aussi elles sont orphelines. Elles ont un sourire triste, comme si elles me faisaient cadeau de la confidence.
Je le prends comme un cadeau et je leur offre mon sourire et mes mots, tout doux, comme pour les apaiser.
Elles repartent en riant dans le couloir.
Voilà. La semaine est finie. Il est 17 heures. Je ne vais pas partir tout de suite, je ne peux pas partir de suite. Je vais décompresser avant de retrouver les miens.
Comme tous les vendredis, je discute avec l’agent de service qui nettoie la salle des profs. Les profs sont comme les élèves, faut pas croire, sont pas tous bien élevés à en juger par les tasses sales qui jonchent l’évier, les mégots par terre, les papiers gras, les trognons de pommes abandonnés à côté des ordis et tout ce qui traîne un peu partout…
17 heures 45, je monte dans ma voiture. Il me faut presque trente minutes pour rejoindre ma maison (z’avez  vu, c’est logique !), j’aime bien ce temps-là, c’est celui qu’il me faut pour me détacher progressivement de ce qui m’oppresse, pour évacuer la tension, essayer de libérer tout ce qui a été contenu toute la journée, tout doucement…
Ce temps est hélas rarement suffisant. On n’oublie pas aussi facilement ce dont je ne veux plus parler, ce dont je ne peux plus parler. Assez.
Je me chauffe doucement au soleil, fais des câlins avec ma fille (j’ai enfin trouvé une méthode imparable pour me faire câliner par cette ingrate, il me suffit de lui déclarer d’un ton fâché : "Ah  non ! Surtout pas de bisous ! Je déteste les bisous !"), tente de savoir ce que mon fils a fait à l’école (je n’ai à ce jour aucune méthode tout court pour y parvenir !), discute avec mon homme du repas du soir.
C’est tout vu.
On commande une pizza.
Il est vingt heures déjà.
Le temps passe toujours plus vite le week-end, allez savoir pourquoi…

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04 octobre 2008

Fin de partie

Henri a la main sur la porte. Je viens de lui dire de ne pas s’en aller.
Il ne m’écoute pas, il sort.
Je le rattrape et le tiens par la main.
Alors Henri fait exactement la même chose que ma fille.
Qui a deux ans.
Il se jette par terre et s’étale de tout son long.
Ses pieds se mettent à battre le sol rageusement.
Je ne me laisse pas décontenancer, je lui tiens toujours la main.
Je tire doucement l’enfant, il glisse silencieusement le long du couloir.
C’est là que j’aperçois Eglantier qui fait cours en face de moi porte ouverte. Le professeur et ses élèves sont en train de nous observer dans un silence médusé.
Vingt paire d’yeux nous fixent sans un bruit.
Je ne me démonte pas, je leur balance un sourire.
Et je continue ma lente course, faisant mollement glisser mon petit homme récalcitrant jusqu’au pas de ma porte, puis à l’intérieur de ma salle de classe.
L’enfant vient se lover sous sa table.
Je lance un dernier sourire à mon public et referme doucement la porte.
Fin du spectacle.

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01 octobre 2008

L'école de la mixité ?

La cour était presque vide ce matin quand je suis arrivée. C'est l'Aïd, beaucoup d'élèves sont restés dormir chez eux car ils ont fait la fête cette nuit.
Je vous livre un constat, vous en tirerez vous-mêmes les conclusions qui s'imposent.
Classe de sixième Achtung : 4 élèves présents sur 20, dont deux de confession musulmane mais dont les parents ont souhaité malgré tout qu'ils aillent à l'école ce matin.
Classe de sixième Hélium : 8 élèves présents sur 25, dont 4 de confession musulmane mais dont les parents ont souhaité malgré tout qu'ils aillent à l'école ce matin.
Classe de cinquième Merveille : 6 élèves présents sur 23, dont 5 de confession musulmane mais dont les parents ont souhaité malgré tout qu'ils aillent à l'école ce matin.
Le collège dans lequel j'enseigne se transforme de plus en plus en un ghetto. Les enfants sont déjà mis à l'écart, ce sont des enfants comme les autres pourtant.
J'avais dit que je ne tirerais pas de conclusions...
Je rêve d'une école dans laquelle les classes sociales et les différentes origines géographiques et religieuses pourraient se mélanger, dans laquelle les enfants apprendraient à connaître et à respecter les différences qui font la richesse de notre société.
Je rêve, je rêve...

Posté par poutouland à 15:29 - états d'âme - Commentaires [11] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

29 septembre 2008

Quand les chiffres cachent les forets

      Dans l’éducation nationale, comme ailleurs, on aime les chiffres. C’est joli et ça fait sérieux.
Et puis c’est à la mode aussi, on a l’impression qu’on maîtrise ce qu’on rapporte avec des chiffres… Depuis quelques temps, on nous demande d’évaluer presque tout, ça me choque. Bien sûr que c’est normal de justifier l’argent public, mais les outils et les évaluations elles-mêmes sont parfois tellement stupides…
      Comment voulez-vous évaluer un voyage scolaire, par exemple ? Oh, j’en connais des gentils esprits bien moins chagrins que le mien qui me répondront que l’on peut lister les connaissances acquises, qu’on peut chiffrer les frais engagés, oui, on peut, c’est vrai. Côté dépense : 5774 euros pour 20 élèves et trois jours de voyage. Bien. On peut s’amuser très facilement à calculer ce que ça a coûté par élève et par jour. Super. Et ça rapporte quoi, ça, à l’éducation nationale, en terme de chiffre, d’évaluation précise ? Une ouverture sur la culture, un premier voyage en train, la découverte de Paris, les profs en pyjama, la Joconde et la Tour Eiffel en porte-clefs, ça se chiffre ça ? ça se mesure ?
      L’an dernier, lors de notre  réunion par équipe disciplinaire il nous a été demandé pour la première fois de justifier la liste des livres dont nous avions fait la demande sur  notre budget. J’avais personnellement recommandé l’achat de 25 anthologies de poésie, à 18 euros pièce. Et pourquoi donc que vous ne choisissez pas celles qui sont à 2 euros ? Et pourquoi n’en prendre pas plutôt juste une que les élèves se repasseraient ? J’ai expliqué bien sûr, le plaisir du gosse d’avoir chez lui un beau livre avec de beaux poèmes sur une longue durée, je ne vais pas le refaire ici, vous n’êtes pas mes juges…
      Quand même, c’est amorcé ce mouvement qui consiste à demander justification de tout, je le regrette parce que c’est une manière de rentabiliser la culture. Je pose la question : l’éducation à la culture doit-elle être évaluée de cette façon ? Comment l’évaluer ? Et même : s’évalue-t-elle vraiment par des chiffres ou des compétences acquises ? Je redoute le jour où l’on nous dira que l’on n’a plus le droit de faire de voyage s’ils ne sont pas évaluables et c’est d’une certaine manière ce qu’on nous demande déjà. Pour partir en voyage scolaire, oups pardon, en voyage pédagogique, il faut avoir un joli projet bien  ficelé avec des objectifs tip top, des trucs du genre "maîtriser l’emploi du passé simple par la fréquentation du musée du Louvre" , d’accord j’exagère mais c’est presque ça. Avant le voyage, petit contrôle du niveau des élèves, après le voyage, nouveau test, les élèves doivent avoir progressé. Bien sûr, on peut monter des projets bidon et truquer les résultats, mais je  refuse de faire cela. Voyager pour voyager, ce n’est pas pédagogique… Lire un beau livre pour lire un beau livre non plus…
      En début d’année, nous avons commenté les résultats du brevet des collèges dans notre établissement. Taux de réussite : 72 pour cent. Youpi ! On est trop fort dans notre collège ! On assure, vraiment, on progresse même, si c’est pas cool d’être Ambition Réussite, avec les moyens qu’on a on ne  pouvait pas faire moins ! Des chiffres, encore des chiffres… Je regarde le nombre d’élèves inscrits en troisième l’an dernier : 111. Je regarde ensuite le nombre d’admis : 49. On est plus proche des 44 pour 100… Faut savoir que le pourcentage annoncé en premier et communiqué aux instances qui s’en gargariseront si elles le souhaitent est tout simplement calculé sur le nombre d’élèves présents à l’examen. C’est sympa les chiffres…
      J’en remets une couche ? En ce moment, on fait passer à nos élèves l’évaluation nationale d’entrée en sixième. Dix élèves de sixième Achtung dans ma salle. Me demandent des renseignements, ne captent rien hélas, sont incapables de lire un texte de plus de dix lignes, regardent effarés le bloc compact de papier puis passent à autre chose, sautent sur les tables, s’insultent, discutent, dessinent, se battent, la routine… A plusieurs reprises, ils me demandent de leur expliquer le texte ou les questions. Je leur explique à nouveau : « c’est une évaluation nationale, je n’ai pas le droit de vous aider, tous les élèves de France doivent passer l’épreuve dans les mêmes conditions ». Si seulement c’était vrai…Les conditions d’évaluation ne sont pas toutes les mêmes. Je connais des collèges dans lesquels on passe deux fois plus de temps pour passer l’épreuve que ce soit interdit ou pas. Je connais des collèges dans lesquels de gentils professeurs ne peuvent pas s’empêcher « d’aider » leurs élèves… Loin de moi l’idée perverse de critiquer ces collègues, ils font ce qu’ils veulent avec leur morale, j’ai  d’autres chats à fouetter, je constate simplement que cette évaluation n’est pas nationale.  Qu’il est facile de faire mentir les chiffres, très facile même. Cette classe a de mauvais résultats ? N’entrons pas ses notes dans l’ordinateur ! Cette classe a de trop bons résultats ? Cool ! C’est bon pour notre image de marque, ça ! Quoi ? Ne me dites pas que vous ignoriez que les collèges se vendent ? Vous l’ignoriez ? Vraiment ? Depuis la suppression de la carte scolaire, on choisit son établissement. Si t’as les moyens, tu ne choisis pas celui dans lequel les résultats communiqués sont mauvais, non, t’es pas idiot non plus... Oui, les pauvres, forcément, ils sont obligés d’être idiots vu qu’ils ont pas les moyens mais c’est pas grave, c’est juste des pauvres, puis y’en aura toujours un ou deux qu’on enverra à Sciences Po avec le truc magique de la discrimination positive, ça va pas nous empêcher de dormir la nuit non plus hein, y’a des trucs bien plus graves, le père de l’enfant de Rachida Dati par exemple, qui ça peut bien être ?…
     Dans l’éducation nationale, comme ailleurs, on aime les chiffres.
C’est joli et ça fait sérieux.
En attendant, ce qui est vraiment sérieux, on ne le voit plus.
On n’entend plus non plus le bruit des forets qui creusent en silence, ça ne les emp che p s de fair de j lis trous d ns n tre c lt r

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24 septembre 2008

La République du mérite

Le mardi avec les cinquièmes Merveille, c’est lecture. Ce sont les anciens sixièmes Framboise pour ceux qui ont suivi la saison trois, les petits loulous que nous avons emmenés à Paris. C’est un vrai bonheur de les retrouver cette année, ils ont grandi ET ils sont toujours aussi adorables. Ce qui est agréable c’est que j’ai eu le temps de les habituer à ma manière de travailler, on avance vite, le calme se fait immédiatement ou presque, je n’ai pas besoin de punir et, à peine de temps en temps je hausse la voix. Ils s’arrêtent immédiatement, ils ont envie de bosser. Comment ça fait du bieeeeennnnn !
Le mardi c’est donc lecture. Notre moment préféré. J’ai commencé la semaine dernière par les aventures des chevaliers de la table ronde. Avant de me mettre à lire, j’explique un peu, je situe le livre dans le temps, j’essaie de leur montrer l’importance de cette œuvre médiévale pour notre culture, on fait des liens avec des films récents (les chevaliers Jedi et le fameux Merlin de Walt Disney par exemple). Je me rends compte au bout d’un petit moment qu’Hector me fixe avec des yeux emplis de stupeur. Depuis un petit moment il trépigne sur sa chaise, il sait qu’il n’a pas le droit de m’interrompre mais il a envie de parler, une question lui brûle les lèvres, ça va sortir je le sais bien il ne peuxtpas s’en empêcher… Soudain, sans prendre la peine de lever le doigt il s’exclame :
- Madame ! Madame ! Comment c’est possible que le livre là il soit pas en poussière ?
Je regarde mon livre, interloquée…
- Il devrait être tout vieux votre livre madame, avec des pages déchirées !
Mon dieu… Je crois que je viens de comprendre…
Je le regarde avec un sourire amusé. Non, il ne plaisante pas, il est incapable de second degré… Il pense vraiment que le livre que je tiens entre les mains est une édition originale…

Première partie de l’évaluation à l’entrée en sixième avec les Achtung. Ils sont en demi groupe, dix élèves. Seuls deux ont l’air de s’intéresser à ce qui leur est demandé, les autres tentent tout ce qu’ils peuvent pour faire diversion. Avec un certain succès je dois bien le dire. Beaucoup savent à peine déchiffrer un texte, l’épreuve est terriblement stigmatisante pour eux, ils sont affolés par la longueur du texte et le nombre de questions dont ils ne comprennent pas un traître mot. Henri me demande :
- Vous nous aidez pas madame ?
- Non Henri, c’est une évaluation nationale je n’ai pas le droit de vous aider il faut que tous les élèves de France soient à égalité et passent l’épreuve dans les mêmes conditions.
- Ouais mais après ils vont dire qu’on est un collège de merde… C’est vrai madame qu’on est un collège de cèpes ?
- De ZEP Henri, de ZEP…
- Et Sarkozy il va les lire nos évaluations ?
- Non, il a sans doute autre chose à faire mais il aura probablement les résultats généraux.
- Moi madame, si c’est pour Sarkozy alors je vais me torcher avec !
Il commence à mimer le geste. Je l’interromps.
- Madame, je peux aller à l’infirmerie ?
- Non, tu n’es pas malade tu le sais bien.
- Madame, je peux aller me laver les mains ?
- Non, c’est le moment de l’évaluation Henri, essaie de faire ce que tu peux s’il te plaît.
Henri fait semblant de lire pour me faire plaisir. Deux secondes. Il explose ensuite une cartouche d’encre dans ses mains.
- Madame, je peux aller me laver les mains maintenant ? me demande-t-il avec un large sourire.
- Toujours pas…
Je suis un monstre cruel et sans aucune pitié mais je me dirige vers mon armoire dans laquelle j’entrepose toujours des paquets de mouchoirs et en prends un pour lui. Quand je reviens à sa table je découvre qu’il a mis ses précédentes menaces à exécution. Il s’est essuyé les mains avec son livret d’évaluation… C’est Sarkozy qui va être content!

Ce matin avec les sixièmes Achtung, toujours. Nous sommes en salle informatique, ils doivent taper un petit texte qui contient leur programme pour l’élection des délégués. Ils sont quatre couples délégué et suppléant. En moins de dix minutes, il ne reste plus qu’un couple, les trois autres ont éclaté, chaque suppléant ayant finalement décidé qu’il ne voyait pas pourquoi il ne se présenterait pas lui aussi…
Pas facile, pas facile…
Pour terminer  cet article dans la joie et la bonne humeur je vous livre en avant première les slogans de nos candidats (je vous épargne les fotes d’orthographe !)
- Votez pour moi et je ferai une fête!
- Votez pour moi et je supprimerai les cours!
- Votez pour moi et on ira en Amérique en voyage scolaire!
- Votez pour moi sinon je vais vous casser la tronche!

Voilà des enfants qui ont déjà tout compris à la politique, Sarkosy n’a aucun souci à se faire, la relève est assurée !

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15 septembre 2008











J'aimerais pouvoir... mais je ne peux pas l'exprimer...


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